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Publié par Olivier

Interview - Montaigne

Montaigne, grand défenseur des "sauvages"

Michel Eyquem de Montaigne, fameux humaniste français, est très impliqué dans la défense des indigènes du Nouveau-Monde. Il critique avec énergie la vision qu'ont les Européens face aux "sauvages". Cannibale Magazine vous offre ici une interview exclusive de ce grand écrivain et moraliste, qui nous parle de son essai Des Cannibales.

Portrait de Michel de Montaigne

source de l'image

 

L'idée que les indigènes soient plus sages et humains que nous, Européens, n'est pas partagée par la plupart. Pourquoi défendez-vous autant ces peuples ?

 

Les Européens se croient parfaits en toute chose. Ils pensent que leur manière de vivre est la meilleure et que les autres sont des sauvages. Ils sont ethnocentriques. Je ne peux pas partager cette idée. Les indigènes du Nouveau-Monde sont bien mieux chez eux qu'ils ne le seraient chez nous. Nos pays les accusent de ne pas être civilisés, mais je pense qu'ils le sont, à leur manière, bien plus. Ils n'ont pas de grands bâtiments, ni de moyens de transport sophistiqués. Et alors ? Ils sont heureux de ce qu'ils ont. Ils vivent dans de petites cabanes, et cela leur suffit.

 

Donc vous pensez qu'ils sont plus heureux que nous ?

 

Je le pense, oui. Je vois leur société comme une utopie, sans argent ni pouvoir. Ils se contentent de la nature pure. C'est la nature qui est parfaite, pas notre société. C'est d'elle que viennent les plus impressionnantes et belles choses. Les autres besoins sont superflus. Ils ne cherchent pas à être plus riches que l'autre, plus puissant, puisqu'ils se partagent tout. Ils n'ont pas la notion de propriété, donc pas de compétition ou d'envie. Tous ces facteurs font leur bonheur. Ils sont libres.

 

Dans votre chapitre sur ce sujet, dans votre essai, vous parlez aussi de leurs guerres, mais toujours en les défendant, pourquoi ne pas blâmer ces violences ?

 

Oui, en effet, je parle de leurs batailles, car c'est un point important de leurs coutumes. Ils ont des ennemis, tout comme nous. Mais ils ne se les créent pas pour une simple frontière ou pour leur prendre leurs biens, contrairement à nous. Ils sont nobles et braves, et ne reviennent d'une bataille qu'avec de l'honneur et non qu'avec des richesses. Ce que je veux montrer, entre autre avec ce chapitre, c'est que ce dont ils sont accusés en terme de violence, nous le faisons dix fois pire. Nous les traitons de sauvages : pourquoi ? Parce qu'ils vivent de la nature et qu'ils font la guerre ? Cela ne tient pas.

 

Certains indigènes pratiquent le cannibalisme, c'est aussi pour cela que certains les voient d'un mauvais œil, non ?

 

J'allais y venir, j'en ai d'ailleurs aussi parlé dans Des cannibales. Certes, cette pratique est sûrement celle qui nous est la plus éloignée. Mais, premièrement, toutes les tribus ne le pratiquent pas, il ne faut donc pas en faire une généralité, et ceux qui le pratiquent ne le font pas pour se nourrir, mais pour se venger des violences qui leur ont été faites. Deuxièmement, les Européens ont des pratiques bien pires contre leurs ennemis. Toutes les tortures inventées sont inhumaines et sauvages. Ils ne peuvent pas critiquer le cannibalisme tant qu'eux-mêmes pratiqueront la torture. Car, selon moi, manger la partie d'un être humain lorsque celui-ci est mort est moins choquant que de faire souffrir atrocement une personne de son vivant. J, et que nous aurions bien des leçons à apprendre de leurs idées.

 

Propos recueillis par C.M.

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