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Publié par Milian

Éditorial - Qui sont les véritables sauvages ?

Montaigne, le XVIe siècle, la Renaissance et l'Humanisme, une période qui nous paraît bien lointaine et à laquelle on peine à s'identifier. Pourtant, nous sommes toujours des Européens et avons encore tendance à porter un regard condescendant sur les sociétés qui nous sont étrangères.

A l'aube de l'argumentation, Montaigne développe ses réflexions sur des thèmes variés, cherche à provoquer un débat et une remise en question permanente. Dans Des Cannibales et Des Coches, il démontre ses arguments en laissant la parole aux Amérindiens, en se plaçant comme l'un des leurs.

Auteur humaniste, Michel de Montaigne admire la littérature et la culture de l'Antiquité, citant philosophes grecs et personnages romains illustres. Il n'en reste pas moins curieux face à l'altérité. Cependant, contrairement à beaucoup d'artistes de la Renaissance, il développe une vision plus modérée de l'idée très en vogue à l'époque : la foi en l'homme. En effet, Montaigne préfère nuancer son propos plutôt que de considérer l'humain comme inconditionnellement bon et irréfutablement beau.

 

Essais de Montaigne, Tome Premier, 1802, Patrimoine des Bibliothèques d'Aquitaine

 

C'est avec brio que Montaigne soutient un puissant relativisme culturel, prêt à dénoncer toute idée ethnocentrique. Dans Des Cannibales et Des Coches, il ne se contente pas de faire l'éloge des Amérindiens et de défendre leur culture, mais s'emploie également à blâmer la civilisation européenne. Il en vient à affirmer que les deux sociétés se valent d'un point de vue culturel et ajoute que notre civilisation en Europe est obsédée par les techniques, la science et la soif de conquêtes, ce qui nous ferait parfois oublier notre humanité.

Ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice, et détournés de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages.

Montaigne, Essais, Livre I, Chapitre 31 : Des Cannibales

Par conséquent, les "sauvages", tels que les Amérindiens, se trouveraient bien en avance sur nous en matière d'éthique car plus enclins à vivre en accord avec le monde réel et davantage respectueux de leur environnement.

Ne serait-ce pas une invitation de Montaigne à réfléchir au jugement que l'on porte sur l'autre, au sens du progrès et à la définition du bonheur ?

 

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