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Publié par i-voix

Florilège 2016-2017 - Créations personnelles 2016-2017

Tout au long de l'année 2016-2017, les lycéen.ne.s i-voix ont partagé en ligne leurs propres créations. En voici quelques exemples.

 

Euterpe, muse de la poésie lyrique et de la musique

 

 

 

Il est un nuage gris, et un sentier frêle
Où le bois seul s'ennuie. Il est un bain de pluie
Par delà les neiges, par delà la grêle
Sous un cocon de feu. Et sous les braises luit
L'étonnante animale que me font ces cris.

Je rêve, c'est beau. Il est loin, au sentier bleu,
La girafe de sang, de l'idole prairie.

Mais, sous les nuages et sous les pluies, patiemment
S'agenouillent transis les princes et les dames
S'agenouillent aux pieds de cette immense flamme
S'agenouillent mouillés des jeux et des amants
S'agenouillent brisés, le dos perclus de bleus

 

Mathis

Tableau de William Turner

Florilège 2016-2017 - Créations personnelles 2016-2017

 

Je l'ai vu, au coin de l'allée lézardée par les racines des arbres centenaires. La créature n'a pas disparu, elle m'a semblé m'inviter à m'approcher.

Cela fait des années que j'ai pris connaissance de leur existence. J'ai appris à les mépriser, à les ignorer. Mais la curiosité l'emporte toujours sur la raison. Alors, une feuille tombe à mes pieds. Je suis happée par un flot de corbeaux m'indiquant la direction à prendre. Mon âme me brûle, le lézard repassera ce soir.

Ce monstre joue avec mon corps. Il me prend par les épaules, m'effleure, me murmure des paroles incomprises. Je devine qu'il n'est pas originaire de ce monde, mais du mien. Mais comment faire abstraction de ses ordres quand on a oublié d'où on venait ? Suis-je seulement moi-même réelle ?

Chaque pas pour une entaille.

Tu as ce que tu mérites, crache-t-il. Le Malin me pousse à ramper à ses pieds, parmi les vers et les restes de son macabre festin. Mon esprit gangréné se détache lentement, doucement, avec précaution. Je n'en ai plus besoin. Dans un monde où tout porte à l'auto-destruction, je me fais reine absolue.

 

Lara

 

Florilège 2016-2017 - Créations personnelles 2016-2017

Je t'aime, mais tu aimes une autre autant que je t'aime, mais elle aime un autre, mais lui n'aime que toi. Lui aime celui que j'aime et elle aime celui qui aime celui que j'aime. Moi je t'aime mais toi non, toi tu l'aimes elle. Lui aimerait être avec toi mais toi tu veux être avec elle. Moi je veux de toi et elle de lui et toi d'elle et lui de toi. Tu la regardes, elle ne regarde que lui qui ne regarde que toi et moi je ne regarde que toi. Elle ne suit que lui mais toi tu la suis mais lui te suit et moi je te regarde toujours. Et lui t'embrasse et tu le repousses pour l'embrasser elle mais elle te repousse pour l'embrasser lui qui refuse un baiser d'elle. Tu le fais le souffrir lui et elle te fait souffrir et lui la fait souffrir. Et moi je te regarde toujours et encore je t'attends mais tu n'attends qu'elle, elle ne veut que lui et lui ne veut que toi. Et moi je te regarde et n'attends que toi, ni lui, ni elle, juste toi.

 

Edith

( source ) 

 

vivre à en mourir ou mourir d'avoir vécu

rire à en pleurer ou pleurer ses rires

aimer à vie ou l'aimer à mort

étudier les mots ou étudier tes mots

construire la réalité ou réaliser ses rêves

dire bonjour ou pleurer au revoir

embrasser la haine ou poignarder la liberté

silence des mots ou cris des morts

lire tes yeux ou lire tes pensées

noir désir ou blanche innocence

courir avec savoir ou marcher avec raison

ombre du soleil ou lumière de la nuit

couple d'attache ou coups de lâche

violence des armes ou violence des mots

fan des hommes ou femmes des hommes

mœurs agaçantes ou mort lente

morsure de la vie ou blessure d'un avis

question ou réponse

 

Nine

Florilège 2016-2017 - Créations personnelles 2016-2017

 

Tu es là

Tu étais là

Tu es partie

Tu ou je

Tu ne reviens

Tu ne restes

Tu es sans pas

Tu fais cent pas

Tu ne parles pas

J'ai besoin de toi

 

Léna

Source image

 

 

Un crayon superflu
De sa mine tordue
Je m'étale du maquillage
Il est doux comme une carte
Sent bon comme une boite
Et sonne comme un chauffage

Je me réveille en sursaut
Ma femme n'est plus là
Ma femme est devenu mon lacet
Là c'est ma femme
Ma femme cet homme
Cet inconnu

Un autre jour 
Une nouvelle boucle
De ma ceinture je vois
Avec ma bouche j'entends
Avec mes mains je ris
Et avec mon coeur j'aime

 

Emma

Source image

Florilège 2016-2017 - Créations personnelles 2016-2017

 

Ivre de vie, je me laisse aller aux flots blonds

Tranquilles, tandis que ruissellent mes cheveux

Que le soleil éclate en diamants lumineux

En rubis et en rocs, j'aime mes écrins longs

 

Assourdie par mes songes silencieux, j'attends

Qu'enfin s'ornent de moi les gouttelettes hâlées

Se baladent les sons dans l'aurore affalée

Et le tumulte des vagues va, grandissant

 

Mais, malgré les bruits, malgré les peurs et malgré

la corruption en vices de l'âme naïve

Malgré la joie peureuse ou l'aube maladive

 

J'essaie, par la musique hypnotique à mon gré

De tendre les doux fils, d'entendre les envies

Et de tuer l'ennui paisible, ivre de vie

 

Mathis et Lilou

 

 

TOI, MOI ET ELLE

 

je serai toi, tu seras nous et je serai vous

on fera, je ferai et tu feras

des conneries, des bêtises, des idioties

pour toi, pour elle, pour vous, pour moi

on donnera; tu donneras, je donnerai

tout ce que j'ai, tout ce que t'as, tout ce que nous avons

pour moi, pour toi et pour nous

je ferai l'idiote, tu feras l'idiot

comme des enfants je, tu et nous jouerons

avec toi et elle et nous et moi

on ira ici et la et même là bas si tu veux

tu voudras ça et moi ça

tu voudras rien et elle voudra tout et moi je voudrai nous

on fera rien et en même temps tout

avec joie ou avec tristesse toujours avec toi et puis, elle

on se quitte pas on se dit juste au revoir

juste au revoir et on se quitte pas

tu, nous, elle, toi et moi on se retrouvera

toujours toi et moi puis, elle et nous

toujours toi et moi puis, les autres

toujours toi et moi et l'inconnue

inconnue c'est nous c'est toi, c'est moi puis, elle

puis toute façon toi et moi c'est nous

elle c'est l'inconnue

on est bien nous

sans l'inconnue

sans elle

 

Edith

 

Florilège 2016-2017 - Créations personnelles 2016-2017

 

On vit là, comme désarticulés, comme des pantins reliés par des fils invisibles à quelque manipulateur sans scrupules qui se joue de nous. Tu penses qu'on est des robots ? J'veux pas être un robot. Je veux juste être... Moi. Mais j'y arrive pas. Enfin je crois pas. C'est pas facile de se faire une place dans ce monde, tu sais. Il paraît que je suis trop naïve. Il paraît que c'est facile de se jouer de moi, que c'est facile de m'écraser tel un vulgaire mégot de cigarette. Il paraît que je suis influençable aussi. Ça fait peur. En plus je m'en rends pas compte. Si ça se trouve je me fais mener par le bout du nez depuis le début et j'en sais absolument rien. Enfin bon. J'me pose trop de questions. J'me prends trop la tête, aussi. Pour rien, en plus, c'est ça qui est stupide. Parfois j'ai juste envie de partir. De voyager. Mais il faut payer pour voyager. En fait non, tu me diras. Tu peux voyager avec ton imagination aussi. Génial. C'est beau de rêver. Je suis une grande rêveuse, moi. Mais c'est pas pour autant que je me bouge le cul pour faire quelque chose de ma vie. Je rêve d'un monde meilleur mais je contribue quand même à nourrir cette société pourrie jusqu'au trognon. Quelle belle hypocrite je fais ! C'est pitoyable. Je suis pitoyable. Et puis y a cette petite zone de confort aussi. Le train-train quotidien. La routine, quoi. J'ai horreur de ça. Mais je change rien. Par manque de courage, par lâcheté aussi. J'aimerais bien mais j'le fais pas. Tu sais ce dont j'ai envie ? J'ai envie de grimper sur une montagne, tout en haut, au sommet, sur le toit du monde et de hurler à m'en décrocher les cordes vocales. Hurler quoi, ça je ne sais pas. Juste hurler. Un cri du cœur, en quelque sorte. Y a comme un parfum de révolution dans l'air. J'adore ça. Je veux être heureuse. Je veux que tout le monde soit heureux d'ailleurs. Utopie. Liberté égalité fraternité. Tu parles. Et dire qu'ils y en a qui l'ont toujours pas compris. Dans un monde où tout est gris, je vois les choses en noir et blanc. C'est bien ou c'est mal. Pile ou face. Je m'en fiche. Je n'arrive jamais à savoir si je suis trop optimiste ou pas assez. Parce que, tu vois, y a pleins de choses sympas qui méritent d'être vécues. Y a de la poésie partout même dans les choses laides. C'est beau la poésie. Je sais pas en écrire mais c'est beau. Et en même temps, j'ai l'impression qu'on est juste des pauvres pions, des imbéciles complètement obsédés par des choses futiles, avec un désir de consommer incontrôlable. J'en fais partie. Je crois. Je suis sûre de rien. Toutes ces pensées contradictoires qui se bousculent dans ma tête... Ça me donne envie de péter un câble. Et puis ça part dans tous les sens : y a qu'à voir ce que j'ai écrit, aucun fil conducteur. De toute façon personne peut comprendre. Même moi je me comprends pas, c'est pour dire. Cette impression constante d'être trop ceci ou pas assez cela. C'est fatiguant. Faut que ça change. J'ai pas envie de me réveiller un jour en me rendant compte que je suis devenue vieille et que j'aurais gaspillé l'intégralité de mon existence à ne rien foutre. Je veux pas me contenter d'exister. Je veux vivre, bordel.

 

Lilou

 

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