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Publié par Anaëlle

Création - Lettre à mon passé


Toi, mon passé, ma déchirure. Toi, qui m'as enlacé de tes bras, chauds. Pourquoi es-tu toujours là ? Pourquoi ne me quittes-tu pas ? Je n'attends que ça, tu sais. Je n'attends qu'à être poncée de toutes ces blessures que tu as causées. 


Ou peut-être, que je me suis moi-même causée. Tu m'as rendue vulnérable, violente et mélancolique. Mais de cette mélancolie était né le plus beau des trésors : le plaisir d'avoir mal, le plaisir de se torturer l'esprit à ne plus en finir. Je n'ai jamais souffert, mes larmes étaient mon réconfort face à celle que tu étais. Je me demande parfois comment aurais été ma vie si tu n'avais pas été là. Aurais-je été une autre, ou aurais-je été moi ? Je crois qu'aucune de nous deux ne le saura. Il paraît que tu es malade,  et sache que j'en suis désolée, mais sache aussi que pour rien au monde en arrière je ne reviendrais.


Tu sais, je me souviens encore un petit peu de toi. De ton regard effleurant ma peau, et de ta chaleur effleurant ma vie. Je me souviens encore de tes mots, et de tes paroles qui m'ont tant de fois meurtrie. Je me souviens aussi de celle que tu as toujours été, et celle qui plus que tout, me répugnait. Mais un jour tout a changé, pour ne plus laisser qu'en moi contes et fées. Enfance était partie, elle aussi t'avais fui. Elle m'a laissé seule, face à toi, face à tes larmes et tes bras.


Et aujourd'hui, qu'importe ce que j'en dise, tu restes cette bague sanglante que je porte chaque jour au fin fond de mon être. A vrai dire, je me souviens très peu de toi, je me rappelle seulement quelques fragments de cette petite existence. Quelques flashbacks, qui eux, se sont encrés au fond de mes entrailles. Oui, maman. Mon passé c'est toi. Et sache que pour rien au monde, je ne changerais ça. 


Je n'ai jamais su qui tu étais réellement. Je savais seulement que ton côté maniaco me répugnait. Te souviens-tu ? Ces jours où tu me réveillais la nuit pour me dire que tu m'aimais ?


Je savais aussi que de ton côté taciturne j'étais au plus haut point effrayée. Tu m'as brisé. Toi, mon passé. J'aime la vie, plus que tout. Mais si tu savais comme ta fille est. Si tu savais comme devant l'amour, elle est apeurée. Tu sais, j'aime les mots, autant que je l'aime lui. Mais à chaque pas en avant, cette bague sanglante que tu as tracée en moi m'arrache le cœur un peu plus profondément. Il est le premier à me sauver de ça, le premier qui m'a observée avec un regard disant " non, Anaëlle, moi je ne partirai pas. " Alors, j'ai arrêté d'avoir peur. Mais parfois, tu ressurgis de moi, les sanglots reviennent, et je ne sais pas pourquoi. C'est comme si deux Anaëlle existaient. L'Anaëlle que je suis, et celle que j'étais.


Cette petite fille qui frappait les garçons, et qui un jour, s'était surprise à attraper les cheveux d'un proche à elle, pour cogner sa tête contre le sol, encore et encore. Cette petite fille qui restait des heures dans son lit, où à se regarder pleurer, parce qu'elle aimait ça. Si tu savais comme les larmes l'ont toujours fascinée.


Cette petite fille qui avait besoin d'amour, et qui venait voir son père trois fois par soirs pour lui dire bonne nuit.


Cette petite fille qui aimait s'allonger dans le toboggan de l'ancienne maison pour pouvoir regarder le ciel et lui parler, en croyant qu'il était son ami. Cette petite fille, qui s'est plongée dans les mots et dans les films pour qu'elle puisse, de sa chambre, voyager et continuer à rêver. Cette petite fille innocente et naïve qui te croyait quand tu disais que non, Christophe ne te frappait pas et que oui, la bouteille cachée dans la voiture était du jus d'orange. Mais au fil des années passées, j'ai commencé à remettre ta parole en question, et à me demander si tout ça n'était pas que mensonge. Et je sais maintenant que quand tu me demandais d'aller chercher mes chaussons ou d'aller faire de l'ordinateur ce n'était par hasard. Je le connais par cœur maintenant, tu sais, le son  du bouchon qui glisse contre le socle de la bouteille de Whisky.


Le bruit des disputes et des bagarres avec Guy, et le son des murs qui faisaient trembler ma chambre lorsque tu t'enfermais avec lui. Il y a eu une époque où je t'ai aimée, une époque lointaine, où tu me manquais. Je ne me souviens plus de cette époque. Et j'aimerais me souvenir des pensées que j'ai pu ressentir lorsque à mes dix ans, au lieu de te trouver à la maison, j'ai trouvé cette toute petite lettre comprenant des mots trop importants à lire pour une fille de mon âge. Les seuls souvenirs que je garde de cette lettre sont tels que je rentrais de l'école, heureuse d'enfin te revoir. J'ai enlevé mes chaussures dans l'ancien couloir d'entrée et au lieu de te trouver, toi, qui me manquais, j'ai trouvé cette lettre qui disait que tu nous aimais, mais que tu allais te tuer, avec Christophe, que pourtant, tu venais de quitter. Je me souviens aussi qu'après cela, nous avons tous pleuré dans le vieux canapé bleu du bureau. Pas de chance, tentative encore échouée, Christophe a changé d'avis et t'a sauvée. Les seuls souvenirs que j'ai de toi à l'hôpital sont les petits pots de confiture que je ramenais à la maison. Vois-tu, l'espace de quelques instants, je redeviens cette enfant que j'étais, et qui, malgré son jeune âge, rentrait dans des conversations qui ne lui étaient pas destinées. Alors, quand vous m'avez demandé avec qui je voulais vivre, j'ai répondu "Papa". Encore aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi. Mais, un désir irrésistible de m'éloigner de toi faisait que je devais te quitter, je devais tout quitter. Mes frères et sœurs, mon école, ma maison, pour être avec lui. Je crois aussi que je ne voulais pas le laisser seul. Il s'en serait très bien sorti sans moi mais, je ne le voulais pas. On m'a toujours laissé le choix. Mais cette fois, le fait de ne plus te parler, ce n'est pas mon choix. C'est le tien. C'est toi qui as continué à ne pas faire d'efforts pour changer, à boire et à fumer. A te rendre malade et à nous manipuler pour qu'on vienne vivre chez toi. Tu crois que je ne sais pas que tu as dit à Ange que s'il venait vivre avec toi tu lui payerais des cours de piano et tout ce qu'il voudrait ? Tu crois que j'ignore que tu pleures devant lui à chaque fois qu'il t'en est donné l'occasion pour le faire culpabiliser d'habiter loin de toi? C'est ton choix de rester ainsi, le mien est seulement de ne plus pleurer pour celle que tu es. Tu es morte sept fois pour moi, alors je crois que tu peux mourir une dernière fois. Au revoir mon passé, toi, que j'ai tant aimé.

 

 

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