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Publié par Zoé

Fragment perdu par Musset - Lorenzaccio

MARIE, s'effondre à terre

Ah !

 

entre Catherine

 

CATHERINE, à Marie, inquiète

Mère, que vous arrive t-il ?

 

MARIE

Je suis perdue, je ne puis plus répondre de rien mon enfant.

 

CATHERINE

Je vous en prie, répondez malgré tout, votre état m'inquiète !

 

MARIE

Me voilà trop troublée pour pouvoir expliquer sans que vous me croyiez folle.

 

CATHERINE

Dites moi au moins ce qui vous trouble tant !

 

MARIE

C'est Lorenzo, je l'ai revu. Enfin l'ancien Lorenzo, le studieux et sage... ne me regardez pas ainsi comme une chose curieuse ! Je suis saine d'esprit vous dis-je !

 

CATHERINE

Cela est bien difficile à croire mais même de tels propos, prononcés par une personne sage comme vous ne peuvent être que vrais. S'il vous plaît, dites m'en plus sur cette rencontre. Je vous promets qu'aucun mot mauvais à votre encontre ne sortira de moi.

 

MARIE, soupirant

Si cela vous tient tant à cœur je vais vous la raconter, enfin si on peut appeler cela une rencontre. Pleine de rêveries, je me promenais dans cette demeure, parcourant les différentes salles. Et rentrant dans une autre salle, je l'ai vu, étudiant comme la dernière fois sur une table, des livres encombrant chaque pouce d'espace. Je l'observai un instant, admirant son regard sérieux, ses lèvres pincées dans la concentration ; le temps autour de lui était doux et calme bien que la lumière me semblât un peu floue. Je finis suite à ma transe par l'appeler, mais il ne répondait pas, et c'est à mon énième appel, alors que ma voix déraillait, qu'il m'accorda un regard. Son regard était blanc, vide, il regardait dans ma direction sans sembler me voir, puis je compris au ton fixe et perçant que prirent ses yeux qu'il regardait à travers moi une autre chose que je, je le savais sans même l'avoir tenté, ne pourrais point voir. Puis ses yeux se fermèrent quelques instants, et sans m’adresser un mot et sans me regarder de nouveau, il rangea ses affaires et commença à marcher tranquillement vers la porte.

 

CATHERINE

Et vous l'avez laissé faire sans rien dire ou même le poursuivre ?

 

MARIE

Le poursuivre ? Je l'ai bien tenté. En effet, je l'ai suivi à pas rapide vers la porte qu'il avait fermé derrière lui. Mais derrière cette porte ne se trouvait qu'un couloir vide. Dans un espoir soudain, je monta à l'étage pour voir si, par la fenêtre, je pouvais le voir s'éloigner. Une fois dans ma chambre, je traversai la pièce à grands pas, enfin atteignant ma fenêtre, je vis à travers les rideaux fins une silhouette s'éloigner calmement, mais après avoir ouvert par deux coup de mains ces tissus, je ne vis plus rien.

 

CATHERINE

Et alors ? Qu'arriva t-il ensuite ? Cela s'est t'il finit ainsi ? Sur un mirage ?

 

MARIE

Cette rencontre en elle-même était, je pense, un mirage. Mais hélas ce ne c'est pas fini ainsi, si cela avait été le cas j'aurais été certes troublée mais pas à ce point. Non, le plus troublant fut ce qui arriva ensuite. J'entendis un coup à la porte. Espérant, que cela pourrait être mon ancien Lorenzo, j’accourus. Celui que je vis derrière cette porte était bien lui, mais celui que tu vois quotidiennement aussi. Un Lorenzaccio qui m'affirma n'avoir vu aucun double de lui ou ne m'avoir fait aucune farce après que je lui demandai.

 

CATHERINE, prenant la main de Marie

Cette histoire est en effet étrange et je comprends qu'elle vous importune. Je suis moi-même déjà troublée avec un seul, alors deux.

 

MARIE, caressant sa main

... Une chose étrange est qu'elle ne m'importune pas, elle me trouble certes, mais ... je suis heureuse de l'avoir vu, cet enfant studieux qu'il fut autrefois. La prochaine fois je ne l’appellerai pas.

 

Marie lâche sa main et quitte la pièce

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