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Publié par Nine & Lou

Page du journal intime de Louise Labé

rédigée le jour de l'écriture de son sonnet 2

Journal de Louise Labé - 21 février 1555

Heure : 20H03

 

Il n'y a pas meilleur endroit pour me livrer que toi mon cher journal... Aujourd'hui s'annonçait comme tous les autres jours, j'ai quitté Ennemond comme tous les matins, pressée de retrouver mon deuxième amant, le seul que j'aimerais toujours, Lyon. Crois-tu vraiment que je t'aurais livré le nom d'un de mes aimés ? Cette ville ne cessera jamais de susciter mon admiration, tant sa beauté et sa culture me fascinent. Je me suis donc rendue à l'imprimerie d’Étienne Dolet, il m'avait mis de côté le chef d’œuvre de Rabelais, Gargantua. Il m'en fallait un de plus pour ma bibliothèque car, j'ai remarqué que beaucoup étaient désireux de le lire et qu'un seul exemplaire ne suffisait point. Après cela, je suis rentrée déjeuner en vitesse car, il fallait qu'à treize heures je sois à la bibliothèque afin de préparer la salle. Beaucoup de personnes étaient attendues aujourd'hui, en effet, j'avais invité une luthiste, elle débutait dans le milieu de la musique baroque, étant une femme je savais à quel point il était difficile de se faire une place dans un monde dirigé par les hommes. Alors j'ai voulu lui laisser une chance.

 

Tout était enfin installé, ne manquait plus que la foule en soif de littérature, j'ai donc ouvert les portes et la bibliothèque s'est remplie petit à petit. Je n’avais guère envie de discuter aujourd'hui, j'ai préféré m’asseoir et je me suis laissée emporter par la musique de cette jeune musicienne. Je ne sais pourquoi, mais cette mélodie que j'entendais, me faisais penser à Étienne. En temps normal je me serais interdit de t'écrire le nom d'un de mes amants, cela est trop intime, mais la sensation que je ressentais à l’écoute de cette tendre musique faisait virevolter en moi des interrogations... J'ai toujours apprécié la beauté de cet imprimeur, mais qui sait ce qui définit la Beauté ? Alors, en fermant les yeux, j'imaginais avec le rythme de la musique, dessiner les moindres parties de son corps sous toutes ses jolies formes. J'ai également aimé cet homme, je m'en suis aperçue à la fin du morceau, comme si celui-ci décrivait ma relation avec ce charmant amant. L'Amour, je crois que c'est bien le plus puissant des poisons envers la raison, doucement il s'empare de toi et il crée cette illusion de perfection chez l'être aimé. J'avais donc la réponse à ma question, la Beauté est indéfinissable à partir du moment où l'Amour a pris le contrôle de soi-même...

 

A la fermeture de la bibliothèque, il fallait que j'écrive ce que je venais d'éprouver. C'est bien la première fois que cela m'arrive. En temps normal c'est à travers la littérature et la poésie que je m'évade mais depuis que j'écris des sonnets, le luth est une de mes muses favorites qui fait voyager mon esprit. C'est à ce moment-là que l’on peut voir à quel point le corps humain est fascinant et que chacune de ses parties est un trésor... Revenons-en au fait, j'ai d'abord pensé à toi pour exprimer mon ressentis et finalement l’idée m’est venu d’en écrire un sonnet.

 

Je suis ravie du résultat, les quatrains sont des questions rhétoriques mais chacun pourra y administrer une réponse. Les tercets, eux, sont le pur fruit de ma méditation... Je suis particulièrement fière des derniers vers « Que tout le beau que l'on pourrait choisir, Et que tout l'art qui aide la Nature, Ne me sauraient accroître mon désir », tu vois ce que je veux dire, quelle que soit la beauté de l'homme, il n'influe en rien sur l'intensité de l'amour que je lui porte... C'est d'ailleurs étrange que je pense cela. Te souviens-tu du jour où j'ai rédigé le deuxième sonnet ? C'était le début de notre relation avec Étienne, une relation purement charnelle. Aujourd'hui l'amour a noirci cette beauté, qui s’efface au fil des années.

 

Les étoiles brillent, il se fait tard. A demain mon cher journal.

 

Lire le journal intime sur diariste.fr

 

Le sonne 21 de Louise Labé (édition Jean de Tournes 1555)

Le sonne 21 de Louise Labé (édition Jean de Tournes 1555)

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