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Publié par Pauline

Page du journal intime de Louise Labé

rédigée le jour de l'écriture de son sonnet 14

Journal de Louise Labé - 14 février 1555

Heure : 19h45

Il m'est venu quelques vers, en raison de mon mal être...

Mon cher journal, que pouvez vous me dire ? me conseiller ?

Hélas, il y a bien longtemps que je me sens seule, réduite à un être faible, je n'arrive plus à trouver le courage de me battre !

Chaque jour je me suis battue, avec toute mon âme, hélas c'est terminé !

Vous souvenez vous ? je vous parlais d'une personne régulièrement, et bien cette personne s'en est allée, me laissant dépourvue...

Cependant, j'ai écrit un vers que je trouve particulièrement représentatif de mon état de santé, je vous l'écris pour vous, cher journal, afin que vous puissiez m'aider. Ô votre aide me serait utile ! Je "prierai la mort noircir mon plus clair jour". Il me représente parfaitement ! Et j'en suis fière ! Pour tout vous dire, journal, j'y ai mis un chiasme, comme je le faisait quand j'étais petite, à l'école. Aussitôt après me l'avoir enseigné par mon précepteur, j'ai écrit des vers de poésie en y mettant des chiasmes. Elle était ma figure préférée ! Je trouve qu'elle permet à chacun d'exprimer le bonheur mais aussi le malheur, car une vie est faite des deux, de bons moments mais aussi de mauvais. Une figure qui m'a donné le goût sucré de la poésie ! Cette figure de style est tellement belle, tellement forte, comme l'était mon amour avec mon cher Olivier De Magny. Le reverrai-je un jour ? Avez vous la réponse ?

Ô miséricorde ! que vais-je faire ? Mon humble passion reste toujours là, elle me permet heureusement de garder cette foi constante, qui m'encercle : c'est la Poésie.

Elle rapproche nos deux esprits, elle me permet de me rapprocher de lui ! N'est ce pas merveilleux ?

Savez vous que mon espoir m'a donné envie d'écrire un autre poème. Je l'ai commencé, assise sur mon fauteuil, dans la véranda. Contre mon mur couleur beige, qui avec le soleil illumine tendrement la pièce. Ce n'est pas grand chose pour le moment mais voici :

" Après qu'un temps la grêle et le tonnerre

Ont le haut mont de Caucase battu,

Le beau... "

J'hésite à cet endroit. Que vais-je faire ?

Peut-être lorsque mon amant reviendra de la guerre, il viendra me voir en premier ?

Je l'espère tellement ! J'aimerai qu'il m'emmène pour que nous puissions nous balader dans des immenses forêts, où je pourrais lui écrire des vers et des sonnets, des pages et des pages et même des livres entiers couvert de vers d'amour ! Rien que pour lui !

Cela me rappelle lorsque ma chère amie, Léonor de Teraccile m'avait présenté, dans l'atelier, une des œuvres qu'avait peintes son père. Philibert de Teraccile était un vieil ami de mon père. Nous avons grandi ensemble, à Lyon. En effet, il avait peint une œuvre représentant la Vierge Marie regardant son fil mort dans ses bras. Elle était bouleversée... Elle avait un regard tellement désespéré... Voilà, journal ce que je ressens en ce moment.

Pourtant, si j"écrit maintenant c'est que mon inspiration est descendue, c'est comme si la poésie avait descendu la pente devant ma demeure jusqu'au village. Elle s'en est allée !

Mais il me reste un seul souvenir de lui, un souvenir de vous, Olivier de Magny ! Mes larmes. Mes larmes salées seront la seule chose qui me reste de vous.

 

Journal intime de Louise Labé, 14 février 1555

 

Le sonnet 14 de Louise Labé (édition Jean de Tournes 1555)

Le sonnet 14 de Louise Labé (édition Jean de Tournes 1555)

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