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Publié par Gwenc'hlan

Page du journal intime de Louise Labé

rédigée le jour de l'écriture de son sonnet 11

Journal de Louise Labé - 11 février 1555

Cher Journal,

Aujourd'hui, mon cœur est tourmenté, et il me tourmente. Je ne cesse de repenser à ce voyage à Rome, il y a quelques années, ce devait être en 1523. Je ne cesse de repenser à ce voyage et à ce jeune homme si charmant, à ses yeux flamboyants de beauté, à ces subtils regards, échangés dans l'ombre de mon mari Ennemond, que j'aimais tant mais que je ne parviens plus à aimer. Nous avions échangé plus que des regards, et cet homme restera gravé en moi toute ma vie, car il resplendissait non seulement par sa beauté mais aussi par ses talents de poète. Mon coeur est partagé entre la frustration de ne plus aimer et le bonheur de brûler à nouveau d'amour pour la beauté d'un autre, pour Olivier de Magny. C'est aussi un déchirement affreux entre mon coeur et mes yeux, l'un me rappelant qui je suis censée aimer, les autres me comblant de la beauté d'Olivier.

Un des seuls remèdes aux tourments amoureux réside en l'écriture. Je vais mal, alors j'écris, et j'ai le sentiment d'aller mieux. C'est ainsi qu'est né le onzième sonnet de mon recueil, et je pense être parvenue au mieux à retranscrire cette dualité entre mes yeux et mon coeur, entre un amour nouveau et inattendu pour Olivier de Magny et un autre que je pensais éternel et ardent : celui que j'éprouvais pour mon mari Ennemond Perin. J'apprécie en particulier le troisième vers de ce sonnet : "Où sont d'amour les flèches dangereuses". Ces flèches sont au nombre de deux, tirées par Cupidon. L'une me fait aimer à nouveau, l'autre fait disparaître celui que j'éprouvais pour Ennemond. Voila, je pense être parvenue à m'évader grâce à l'écriture. Cependant, il existe un autre moyen de consolation : la musique, que j'écoute et qui m'écoute. Ce réconfort musical que je tenterais fera probablement l'objet d'un prochain sonnet. Merci, mon journal, de rester à mes côtés, comme les sonnets et la musique, pour m'écouter et me réconforter.

 

Le sonnet 11 de Louise Labé (édition Jean de Tournes 1555)

Le sonnet 11 de Louise Labé (édition Jean de Tournes 1555)

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