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Publié par katell et louana

Page du journal intime de Louise Labé

rédigée le jour de l'écriture de son sonnet 8

Journal de Louise Labé - 8 février 1555

Lundi 8 février, 17h02

Cher journal,

Aujourd'hui comme tous les jours, je pense. Et aujourd'hui comme tous les jours je pense à la même personne. Je pense à cette même personne qui me manque, mon cher journal. Après le salon littéraire et le thé quotidien, après avoir échangé longuement avec Claude Catherine de Clermont pour oublier mon chagrin, l'inspiration me vient. J'écris donc le sonnet 8 de mon recueil.

Je suis souffrante, de la température et des sueurs froides me parcourent le corps. Serais-je mal en point à cause de cette personne ? Je n'en doute pas. Chaque jour la tristesse transperce la lueur de mon bonheur, l'amour inconstant fait tanguer mon cœur. Je n'arriverai donc jamais à être heureuse ? Mes rires hypocrites se mêlent à mes larmes véridiques. Je suis sur un fil tendu entre deux planètes, j'y marche à tâtons et parfois je m’élève pour atteindre les étoiles du bonheur. A peine mon doigt les frôle que je perds l'équilibre et retombe dans la souffrance. Je suis fiévreuse aujourd'hui, je ne suis pas sortie et j'ai le temps de songer.

Par ma fenêtre, j'observe Lyon. Les passants s'embrassent comme les rimes de mon sonnet sous le ciel de couleur changeante :

"Tout à coup, je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;

Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;

Tout en un coup je sèche et je verdoie."

J'apprécie ce quatrain qui exploite mes sentiments les plus profonds, l’allitération en (R) qui incarne ma rage mêlée de désespoir. Bientôt ils rentreront sûrement, et seront à deux, à rire, au chaud. Ils ne penseront pas au futur mais dégusteront l'instant présent qu'ils partagent. J'en suis si envieuse. Ils font remonter tellement de souvenirs, les baisers qu'il me donnait dont jamais je ne me serai lassée, j'aurai voulu que jamais cela ne s'arrête. Cette époque incarnait des sentiments indescriptibles et un désir fou. Un amour physique qui contrastait avec l'amour platonique, standard où tout était spirituel. Cela m'inspire pour un prochain sonnet (XVIII). Le sommeil étant le meilleur des remèdes, je décide de me faire une soupe de légumes et d'aller me coucher, les pieds réchauffés non pas par le corps de l'âme-sœur mais par une bouillotte.

 

Le sonnet 8 de Louise Labé (édition Jean de Tournes 1555)

Le sonnet 8 de Louise Labé (édition Jean de Tournes 1555)

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