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Publié par Kathleen

Periscope,

l'application du mal ?

 

 

 

I- Introduction : définition

 

 

 

Réflexion - Periscope, l'application du mal ?

    "Periscope est une application logicielle pour appareils mobiles fonctionnant sous le système d'exploitation iOS et Android développée par Kayvon Beykpour et Joe Bernstein. Elle permet à l'utilisateur de retransmettre en direct ce qu'il est en train de filmer. Twitter achète cette startup le 13 mars 2015 durant le SXSW, un ensemble de festivals de musique, de cinéma et de médias interactifs se tenant chaque année depuis 1987 au mois de mars à Austin, pour un montant entre 50 et 100 millions de dollars américains." Ainsi l'application est définie sur la page Wikipédia qui lui est dédié. On pourrait, pour compléter, rajouter qu'elle permet à tous les utilisateurs de Periscope de voir la vidéo ou, si la personne qui diffuse en a décidé ainsi, à toutes les followers de son compte Twitter. La vidéo reste en ligne 24 heures si l'onglet "replay" est coché sinon elle est supprimée dès la fin de la diffusion. De plus l'application permet une géolocalisation précise de la personne qui fait ce direct. Les personnes qui le regardent peuvent envoyer des messages, commenter et envoyer des cœurs. L'application a rencontré un succès immédiat, sans doute parce qu'elle permet de devenir un média vidéo sans l'aide de personne en offrant la possiblité de partager ce qu'on voit en temps réelle et même de discuter avec ses spectateurs grâce aux commentaires des internautes qui s'affichent sur la vidéo.

Réflexion - Periscope, l'application du mal ?
Réflexion - Periscope, l'application du mal ?
Réflexion - Periscope, l'application du mal ?
    Cette application permet des échanges entre les internautes, c'est donc un véritable réseau social. Cependant, elle est le sujet de beaucoup de débat, en particulier depuis le début de l'année 2016 où tout s'est accéléré. Les détournements de l'utilisation initiale de Periscope se sont multipliés et de nombreuses polémiques ont eu lieu. 
 
 
II- Faits divers et polémiques
 
     Tout commence le 13 février 2016. Le défenseur du PSG, Serge Aurier, a voulu répondre aux questions de ses internautes via l'application Periscope. Mais il a totalement dérapé et a tenu des propos injurieux envers son entraîneur, Laurent Blanc, et son coéquipier Zlatan Ibrahimovic. Ses insultes sont rapidement devenues homophobes. La vidéo fait le tour du web et les sanctions ne tardent pas à tomber. Le lendemain soir, le PSG annonce que le footbaleur est mis à pied à titre conservatoire et qu'il manquera le huitième de finale aller de la Ligue des champions, le mardi suivant, à Paris, face à Chelsea. Suite à l'officialisation de ces sancionts, le défenseur du club présentera des excuses publiques et Laurent Blanc affirmera avoir très mal pris son acte car il s'est engagé auprès de lui pour le faire venir à Paris et qu'il offre une mauvaise image du club avec ces propos orduriers. Cet événement, bien qu'il ne puisse arriver à des personnes qui n'ont pas la médiatisation de Serge Aurier, n'est pas sans rappeler que Periscope ne permet aucun retour en arrière et que le moindre dérapage est diffusé en direct et a vite fait de faire parler de lui et de causer du tort aux utilisateurs. 
Réflexion - Periscope, l'application du mal ?

 

     Des diffusions illégales ont également parfois lieu, comme par exemple le 22 février 2016. Le footballeur Luciano s'est lui aussi rendu célèbre grâce à une vidéo Periscope dans laquelle il répond également aux questions des internautes et fait passer des messages à des amis. Le problème, c'est que le jeune homme de 22 ans est en détention dans le centre pénitencier de Béziers. N'ayant pas conscience des risques qu'il encourait, il fait le tour de sa cellule et se roule même un joint avant de s'en vanter. Ce n'est pas la première fois qu'un détenu se filme en prison. En effet les portables, normalement interdits, passent facilement la sécurité et l'administration qui est dépassée. Luciano a été placé en garde à vue, lundi 22 février. 

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    Le 2 mars 2016, François Hollande lui-même se sert de l'application lors d'une visite dans les bureaux de Showroom privé de Saint-Denis et du débat qui fut donc retransmis. Cependant, comme on ne peut pas filtrer les commentaires directement lors de la diffusion de la vidéo, de nombreux propos injurieux ont été envoyés et après 45 minutes de diffusion ponctués de ce genre de commentaires, l'équipe de communication de l'Elysée a stoppé le direct. L'initiative du président était selon certain intéressante car il varie les modes de dialogue avec les citoyens et va les chercher là où ils sont. Mais en raison de sa faible popularité, à chacun de ses essais, des insultes ont fusées. Ce serait donc plutôt à ses conseillers de maîtriser son image, ce qui n'est ici pas le cas. Mais je dérive sur un tout autre sujet.

 

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    Pour rester dans l'utilisation de l'application en politique, dès mars 2015 Nicolas Sarkozy, alors président de l'UMP, a été filmé pendant qu'il prononçait un discours lors de la soirée électorale du second tour des élections départementales. Mais une fois de plus à cause des commentaires, la diffusion ne s'est pas déroulé comme prévu et des internautes ont rappelé les affaires dans lesquelles il était impliquées. 

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    Depuis un certain temps, les agressions et les actes violents ont augmenté sur Periscope. Par exemple en mars 2016, deux employés de SFR ont cassé en direct le téléphone qu'une client désagréable a amené pour le réparer. Ils seront finalement renvoyés. Mais d'autres sont allés plus loin et, fin avril 2016, à Bordeaux, deux utilisateurs ont promis qu'ils iraient frapper des passants quand leur diffusion atteindrait le 40 spectateurs. Ils interpellèrent et agressèrent un homme saoul à la sortie d'une boite de nuit. Très vite leur auditoire avait grimpé jusqu'à 1500 personnes. Le 27 avril, ils seront mis en examen et la victime porte plainte contre eux. Ils finirent par mettre une vidéo d'excuses en ligne sur YouTube.

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    Les informations et les utilisations notables que l'on retrouve le plus facilement sur Internet sont ce genre d'événements très négatifs et que certains qualifieront de tirer par les cheveux. Cela démontre la vision et le regard que le monde a sur l'application Periscope et vient expliquer pourquoi il y a tant de débats et de divergences sur ce sujet. Ils représentent donc en quelque sorte le contexte dans lequel le débat a eu lieu. Néanmoins, Periscope est-il uniquement le lieu de mauvaises actions et de dérapage ? 
 
    
III- Un débat relancé par un événement tragique
 
    Ce débat a été relancé par un événement tragique survenu il y a quelques jours. En effet dans l'après-midi du 10 mai 2016, une jeune femme de 19 appelée Océane s'est suicidée en direct de Periscope en se jetant sous la ligne du RER C à la gare d'Egly dans l'Essonne. Quelques jours auparavant, elle aurait prévenu ses followers qu'il allait se passer quelque chose sans donner plus d'informations et elle a déconseillé aux mineurs de continuer à la suivre. Ce mardi, la jeune femme se connecte à 5 reprises pendant lesquelles elle explique longuement sa relation compliquée avec son petit ami qui lui faisait du mal et l'avait violé. Elle affirmait faire cette vidéo pour le dénoncer et non pas pour faire le buzz. Le parquet d'Evry a, après la découverte de son corps, ouvert une enquête, en interrogeant en particulier ses proches sur son profil psychologique fragile. Le débat sur les réseaux sociaux a donc pris une nouvelle ampleur depuis cet événement et nous pousse, à l'heure du numérique, à nous poser plusieurs questions.
Réflexion - Periscope, l'application du mal ?
IV- Periscope, l'application du mal ?
 
    Mais dans ce contexte de série d'événements tristes, révoltants et injurieux, qui doit-on blâmer ? Si tout ceci s'est produit, à qui est la faute ? Est-ce l'application est entièrement en tort ? 
 
    Alors oui, on pourrait dire que c'est le cas. On pourrait dire que Periscope est responsable des événements négatifs qui s'y déroulent. En effet l'application présente un véritable danger pour la vie privée. Premièrement parce qu'elle permet une intrusion totale et immédiate mais pas forcément consenti dans la vie d'une personne. Je pourrais prendre pour illustrer ce propos l'exemple d'une jeune fille qui filme en live sa soeur nue chez elle mais également celui d'une famille américaine, qui est une véritable de star sur YouTube, qui diffuse en direct les obsèques de leur fils de 13 ans devant plus de 40 000 de spectateurs. Le voyeurisme et l'exhibition sont ici poussés à l'extrême mais cela montre bien les limites et les dangers pour la vie privée que peut représenter Periscope. De plus la géolocalisation pose le problème de la sécurité directe de la personne et de sa vie privée. Des personnes mal intentionnées peuvent ainsi obtenir votre lieu de vie et de travail et vous retrouver. De la même façon, certains utilisent des drones pour filmer des événements sportifs en se moquant bien de la vie privée des personnes filmées à leur insu. La question de droit à l'image intervient donc ici d'une part pour ces personnes et d'autres parts pour l'événement en question dont l'entrée et la diffusion sur les chaînes télévisées sont payantes. 
    De plus, bien que Periscope possède son propre servie de signalement, celui-ci est inefficace puisque les vidéos sont tournées en direct. Il serait impossible d'avoir les milliers de modérateurs, capables de regarder ces vidéos dans toutes les langues et d'en comprendre la gravité, nécessaires pour un tel projet, contrairement à Facebook ou Twitter ou plusieurs heures suffisent pour retirer une vidéo ou un commentaire. Cet absence de contrôle des commentaires laisse certains être très injurieux et blesser le moral des diffuseurs. Comme partout sur le web, ce qu'on met sur Internet a de grandes chances de rester sur Internet et même d'être diffusé, ce qui met en valeur le moindre dérapage. 
    Enfin Periscope peut apparaître pour certains comme l'occasion de se créer son propre Internet-réalité, mais celui-ci, contrairement à la télé-réalité (ou du moins à ce que cette dernière tente d'instaurer), il n'y a aucun encadrement, ce qui amplifie les conduites à risques pour autrui et autodestructrices et ce qui engendre des dérives et de violences bien qu'elles restent toujours rares. On pourrait rajouter que le rôle de l'affiche du nombre de spectateurs est primordial sur ce réseau social. La popularité est d'autant plus mise en valeur qu'on peut envoyer des cœurs que le diffuseur verra en direct. Cette recherche d'audience peut le pousser à effectuer des actions. Or faire le mal est plus facile et immédiat que faire le bien.
 
Réflexion - Periscope, l'application du mal ?

    Mais justement, peut-être qu'au contraire Periscope révèle des choses sur nous, sur l'humanité, des choses qu'on n'a pas forcément envie de voir et qui nous pousse à accuser l'application plutôt que de remettre en cause ses utilisateurs. Ce qui me parait le plus évident, c'est, comme nous venons de le dire, cette recherche d'audience dont on vient de parler. Les personnes se filmant se Periscope promettent parfois de faire telles ou telles choses à partir de tant de spectateurs. Mais maintenant on peut se demander pourquoi ? Pourquoi certaines personnes ressentent-ils ce besoin de s'afficher et d'être suivi par des dizaines, des centaines voire des milliers d'inconnus ? C'est peut-être par un besoin de reconnaissance qui nécessite une confrontation à l'autre. Le regard des autres, être vu par d'autres et la reconnaissance des autres nous rapportent à notre propre existence et nous font nous sentir exister. C'est ce qu'explique Hegel dans son principe de la dialectique. Et/ou il s'agit peut-être de la recherche de la popularité, voire de l'attirance pour la célébrité. Celle-ci est perçue aujourd'hui comme une forme de réussite, alors qu'en réalité il y a bien d'autres façons d'obtenir le bonheur et que ce n'est vraiment ce qui devrait être important pour se sentir heureux. Les célébrités s'affichent publiquement de plus en plus et cela nous fait nous sentir plus proches d'eux, car ils paraissent être des gens comme tout le monde. Alors on peut se dire "Pourquoi pas moi ?" La célébrité donne donc envie et semble de plus en plus accessibles. Alors ce réseau social qui, comme nous le disions précédemment, permet de se constituer son propre Internet-réalité est pour ces personnes un moyen d'y parvenir, de se faire connaître ou de s'en donner l'impression. L'application nous permet de suivre le quotidien d'étrangers en direct et cela donne parfois une étrange sensation de voyeurisme.

 

Réflexion - Periscope, l'application du mal ?Réflexion - Periscope, l'application du mal ?

    Justement, ce voyeurisme est une caractéristique primordiale de Periscope, et ce n'est pas forcément quelque chose de négatif puisqu'il s'agit par essence de la curiosité pour autrui. On peut d'ailleurs se référer à la phrase d'accroche de l’application sur sa page d'accueil : "Explorez le monde à travers les yeux des autres." Et là se trouve peut-être une grande partie de la réponse. Ces gens comme vous et moi partagent des moments de leur vie que nous pouvons, par le biais d'Internet, vivre avec eux, vivre grâce à eux et par eux. Les gens regardent la vie d'autre personne au lieu de vivre leur propre vie, ils ne sont que spectateurs de leur propre vie.

Réflexion - Periscope, l'application du mal ?
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    Mais si nous regroupons tout ce que nous avons dit jusque là, nous pouvons même supposer que cela fait ressortir un problème plus profond encore. Il y a peut-être un manque d'écoute qui existe dans notre société actuelle et les personnes sensibles narcissiquement pourraient être attirer par ce réseau social qui leur offre l'attention qu'il recherche vainement et le seul moyen de s'exprimer. Les personnes les plus touchées par ce besoin; ce phénomène sont les adolescents qui traversent une période de leur vie où ils cherchent à savoir qui ils sont vraiment, leur identité, de la reconnaissance, qui manquent de confiance en soi parfois, et qui demandent de l'attention. Tout cela, ils peuvent le trouver sur Periscope, ou du moins c'est le sentiment que l'application donne.

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    En outre beaucoup soutiennent la thèse que l'interaction dans Periscope est primordiale et fait sa force comparé aux médias de masses traditionnels, un peu comme une radio libre. Certains utilisateurs de l'application font même des diffusions positives et montrent des visites de villes, des couchers de soleil. Des choses très futiles en soient mais qui rappellent que malgré tous les événement survenus en France ces derniers temps, le pays continue de vivre.

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    Je ne pense pas que nous puissions dire que Periscope est responsable des événements dont nous avons parlé plus tôt. L'application ne peut pas contrôler ce que les gens font dessus car ceux-ci y sont libres et s'en servent comme d'un prétexte pour faire de mauvaises actions, des débordements, des agressions et autres dérives. De plus Periscope a pris plusieurs mesures pour réguler et limiter les problèmes. Les vidéos sont publiques et accessibles à tous par défaut, mais elle permet aussi de privatiser ses vidéos et de limiter son accès à certaines personnes uniquement avant de commencer à diffuser. Par ailleurs, bien qu'on ne puisse pas filtrer les commentaires directement lors de la diffusion de la vidéo, cette limitation permet d’exclure les internautes malveillants. On peut aussi autoriser à commenter uniquement les followers du compte Twitter qui diffuse. On peut également bloquer certains commentateurs au fur et à mesure de la diffusion. En ce qui concerne la géolocalisation, les paramètres permettent de sélectionner une localisation plus large qui empêche donc quiconque de vous situer précisément et de vous trouver.

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    Certes pour le moment Periscope propose peu de contenus vraiment intéressants ou culturels, mais il a néanmoins tout le potentiel pour se développer et devenir un véritable outil de partage d'informations ou de divertissements. Par exemple, récemment, Rémy Buisine, un community manager de 25 ans, diffuse depuis le début de l'action Nuit Debout contre la loi du travail El Khomri des vidéos en live de l'événement. Il décrit ce qu'il y voit et discute avec des participants : 81 000 personnes ont suivi son live le plus populaire. Il mène, pendant plus de 5 heures, au cœur de l'action, un nouveau genre de journalisme citoyen qu'aucune chaîne télévisée n'aurait pu produire. Il n'est néanmoins par reporter et restent neutre devant les internautes de Periscope, et les deux médias se complètent bien.

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   Il y également eu les premières images en direct et sur Internet de la Corée du Nord diffusée par la journaliste du Washington Post Anna Fifield  lors du congrès du Parti des travailleurs qui ont permis à 130 journalistes de pays différents de circuler dans le pays. Elle montre ainsi sur Periscope les rues de la Corée du Nord et pose des questions aux surveillants qui les encadrent et les suivent partout, M. Pak et M. Jang. Elle explique qu'ils ne sont pas libres de leurs mouvements et que leur itinéraire est solidement cartographié. Elle se trouvait en effet au cœur de Pyongyang, le lieu où se trouve l’élite du régime, et les personnes les plus loyales à ce régime.

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   Periscope est donc une application qui comporte comme tous réseaux sociaux des risques et favorisent certains débordements, mais elle n'est néanmoins pas responsable de ce que font les gens dessus. Au contraire, certains utilisateurs proposent déjà du contenu intéressant et elle serait selon une partie de la population un nouveau média d'information et de journalisme.
 
 
V- Ouverture : M. Carotte et la culture du viol
 

      Le 11 mai 2016 à 12h13, le collectif Les Parasites mettent en ligne sur YouTube une vidéo qui s'appelle M. Carotte - Lucie et le Périscope. Depuis, le débat est énorme.

 
Réflexion - Periscope, l'application du mal ?Réflexion - Periscope, l'application du mal ?

Ce contenu est limité à 16 ans. Si la limite d'âge s'affiche pour vous, vous pouvez aller voir la vidéo dans les liens en bas de l'article.

    Présentée sous la forme d'un documentaire, un choix justifiée par les scénaristes et réalisateur par une volonté de casser avec les codes des vidéos YouTube, le court-métrage ressemble au film à l'ambiance qui met mal à l'aise C'est arrivé près de chez vous réalisé par Benoît Poelvoorde, Rémy Belvaux (qui est également scénariste) et André Bronzel sorti en 1992. Ici on suit un personnage mégalo et moralisateur qui s'appelle M. Carotte. Ce dernier déteste l'application Periscope et veut nous montrer son côté obscur en nous expliquant son côté exhibitionniste mais aussi voyeuriste, car le pire ce sont pour lui les gens qui regardent. Mais il nous met aussi en garde contre ses dangers et fait une démonstration à la caméra d'à quel point il est facile de se rendre chez quelqu'un en utilisant la géolocalisation. Il choisit une jeune femme de 18 ans, Lucie, et entre de force dans son appartement en prétextant lui livrer un colis, puis il la viole devant près de 10 000 spectateurs afin de lui inculquer une leçon et qu'elle ne recommence pas. Mais Lucie n'a apparemment pas comprise pourquoi il avait fait ça puisqu'elle continue à utiliser l'application et filme un doigt d'honneur à son agresseur. 

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Beaucoup voient ce court-métrage comme une critique de Periscope. Pour eux l'idée principale et à retenir se tient dans ce que M. Carotte dit au début du court-métrage quand il nous explique ce qu'il déteste le plus dans l'application et son acte montre le danger que représente la géolocalisation. De plus, le nombre affolant de spectateurs qui visionnent cette agression résumerait la société actuelle avec "une perpétuelle recherche de sensationnel, [une prise de] plaisir à visionner de terribles vidéos au point d’en devenir insensible." Ce "court-métrage percutant, tristement drôle et qui touche en plein cœur une génération « complètement inconsciente du danger, toute une génération complètement perdue » comme l’explique Monsieur Carotte", comme l'article d'Urban hit le dit. 

     D'autres vont jusqu'à donner tort à la victime et on a trouvé plusieurs commentaires de la vidéo de ce genre qui disait que : "Cela montre les problèmes que les réseaux sociaux peuvent amener, surtout comment les personnes exposent leur vie jusqu’à donner assez d’information pour qu’un fou vous retrouve ! Peut-on vraiment dire bravo à cette vidéo ? C’est malheur qu’il faille qu’elle existe, mais elle dénonce parfaitement les dangers qu’encourent les gens à dévoiler leur vie privée au profit de la notoriété." En effet Lucie ici parle de sa vie privée, montre son visage et même ses sous-vêtements à tous les utilisateurs de l'application et certains diront qu'elle "l'a bien cherché". Cependant le viol n'est pas et ne sera jamais une punition.

    Et c'est peut-être plus là le cœur du problème. Le viol aujourd'hui est parfaitement banalisé voire acceptée par sa médiatisation. Un phénomène qui a été pour la première fois nommé aux Etats-Unis est né : la culture du viol. Tout le monde s'accorde à dire que le viol, c'est mal, mais alors pour fait-il encore débat ? Peut-être parce que ce qu'on entend dans les médias de masse ne recouvrent qu'une partie de ce qu'est le viol. Nous avons tous cette image d'une jeune fille surprise dans une ruelle sombre par un ou plusieurs agresseurs violée sous la menace d'une arme, mais cet acte concerne tout acte sexuel non consenti. Cet environnement social et médiatique du viol enferme les individus dans leur rôle et leur donne une fausse image de leur droit. Même mariée, une femme peut refuser d'avoir un rapport sexuel avec son mari si elle n'en a pas envie. Le mariage ne donne pas le droit ou la possession d'une personne. Cette définition qui reste floue explique pourquoi 80 % des viols sont commis par des personnes de l'entourage, voire le petit ami d'une fille (on parle alors de viol conjugal). Les victimes ni les agresseurs n'ont alors parfois pas conscience de commettre un viol. L'interdit n'est pas aussi distinct qu'on ne le croit. On admet tous que le meurtre est interdit et est puni par la loi, mais qu'en est-il d'un viol dans le cadre d'un mariage ?  De plus cette vision erronée du viol crée une zone grise, incertaine du consentement. Si une fille ne dit pas explicitement qu'elle n'est pas consentante, cela ne donne pas pour autant le droit à son agresseur de la violer. Bien qu'on pourrait conseiller aux couples de communiquer et de dire clairement ses intentions, on ne peut là encore pas blâmer la victime, contrairement à ce qu'une partie continue à faire. Enfin dans la société actuelle, la domination est omniprésente. Elle est même représentée comme attirante au cinéma ou dans les séries, ce qui contribue à la constitution de la culture du viol dans laquelle l'homme a le plein pouvoir sur la femme. Najat Vallaud-Belkacem, à l'époque ministre des Droits des femmes, s'attaque à cette culture du viol et a annoncé le 20 janvier 2014 vouloir se battre contre la diffusion de contenus sexistes participants à la diffusion de la culture du viol, y compris sur Internet. Néanmoins n'oublions pas les garçons dans cette culture du viol. Eux aussi en sont victimes et sont perçus de plus en plus comme des "bêtes" dépourvus de retenus et de civilités, ne songeant qu'à satisfaire les besoins de leur chair. Ces préjugés les handicapent dans de nombreuses situations, mais "bizarrement" on en parle beaucoup moins.
Une campagne de prévention contre la culture du viol / Un épisode de la série Girls de Lena Dunham qui raconte un viol que la victime n'avait pas conscience d'avoir subi.
Une campagne de prévention contre la culture du viol / Un épisode de la série Girls de Lena Dunham qui raconte un viol que la victime n'avait pas conscience d'avoir subi.

Une campagne de prévention contre la culture du viol / Un épisode de la série Girls de Lena Dunham qui raconte un viol que la victime n'avait pas conscience d'avoir subi.

Cette vidéo animée explique ce qu'est le consentement en prenant l'exemple d'une tasse de thé.

 

Donc, qu'elle ait expliqué clairement qu'elle n'est pas consente ou non, qu'elle se soit affichée publiquement ou non, que le viol ait lieu dans le cadre d'une relation amoureuse ou non, ce n'est cependant pas aux victimes de faire attention mais bien à la société d'éduquer les esprits. Ce que dénonce ici le court-métrage, c'est bien M. Carotte. Pas mal de gens ont dit que "cette vidéo est nécessaire pour sensibiliser car choquante. C’est ce que le personnage de M. Carotte pense aussi pourtant il n’obtient pas ce qu’il veut !" s'expriment Les Parasites. Ils ont "trouvé ça bizarre que les commentaires traitent autant de l’application alors que clairement le problème c’est plus que le personnage est un taré ! Peut-être qu’une partie du public peut se reconnaître dans ce que l’agresseur dit quand par exemple il est effrayé par la géolocalisation, mais c’est un taré… Justement le personnage est là pour prendre du recul sur le sujet." La faute n'est rejetée ni sur l'application ni sur la victime qui utilise l'application, contrairement à M. Carotte qui échoue d'ailleurs dans sa démarche, mais bien sur le crime du viol qu'on va justement justifier par le rôle de l'application et le comportement des utilisateurs/futures victimes ici.
 
    Je pense également que ce qui dérange le plus dans ce court-métrage, c'est le fait que bien qu'il s'agisse d'un court-métrage et d'une histoire fictive, c'est déjà un peu réel. La forme de documentaire inspiré du film C'est arrivé près de chez vous rappelle à quel point c'est le cas. Ça peut se passer très près de chez nous, géographiquement mais aussi temporellement. En effet, le film commence à dater et n'est plus vraiment d'actualité. Le fait d'utiliser ici un nouveau réseau social nous confronte directement à l'état de notre société et nous replonge dans la culture du viol qu'on préfère oublier. 
 
    Le débat autour de M. Carotte se divise donc en plusieurs parties. Certains ont trouvé le court-métrage trop choquant et que cela n'était pas nécessaire pour mener une critique et trop pessimiste par rapport à la réalité. Il semble n'y avoir aucun espoir dans ce faux documentaire. Au contraire je trouve que la vidéo se conclut sur une note positive avec l'échec de M. Carotte et le soutien que l'auditoire apporte à Lucie. L'ambiance malsaine et le personnage qui se contredit même entre ses paroles et ses actes renforcent cette force et cette brutalité pour déclencher une prise de conscience et faire réfléchir. Le message n'est pas clairet on peut hésiter entre une dénonciation de la culture du viol, de l'application ou des réseaux sociaux en général, et c'est ce qui crée le débat et fait parler de la vidéo. 

 

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VI- Conclusion
 
    En conclusion, on peut certainement faire des reproches à l'application Periscope. Comme tous réseaux sociaux, elle comporte des défauts et des risques. Les dérives y sont impossibles. Mais selon moi, on ne peut pas reprocher à l'application l'usage qu'en font les utilisateurs. Au contraire elle met en oeuvre des paramètres qui contribuent à améliorer la limitation des problèmes liés à ses fonctionnalités. De même on ne peut pas blâmer les victimes d'agressions qui utilisent Periscope car encore l'usage de l'application n'est ici qu'un prétexte pour les coupables. Je pense également que son succès et les événements qui s'y sont produits révèlent des choses sur l'humanité, en particulier sur note besoin de reconnaissance et sur notre voyeurisme. De plus l'application a le potentiel pour se développer et pour devenir un véritable outil de journalisme citoyen, de divertissement et de partage d'information et de culture. Le numérique est un outil formidable pour échanger et communiquer, et ce qui est le plus important dans l'application et qui lui permet de s'élever et de compléter les autres médias c'est les échanges entre les internautes et le diffuseur. C'est ce qui fait la force de l'application. Son seul vrai bémol est à mon avis la géolocalisation qu'on pourrait enlever sans nuire au bon fonctionnement de cette relation entre le spectateur et l'animateur tout en empêchant un bon nombre de problèmes.
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Sources Images : 

 

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Sources informations :

 

Periscope Source 1 Source 2 Source 3    
Faits divers et polémiques Source 4 Source 5 Source 6 Source 7  
Le suicide Source 8 Source 9 Source 10    
Periscope, l'application du mal ? Source 11 Source 12      
Nuits Debouts Source 13 Source 14 Source 15    
La Corée du Nord Source 16 Source 17 Source 18    
M. Carotte et la culture du viol Source 19 Source 20 Source 21 Source 22 Source 23

 

 

Pour voir la vidéo : https://vimeo.com/165846828

 

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Jenovefa 14/06/2016 19:13

Excellente réflexion Kathleen ! ( Je viens justementde passer une partie de mon après-midi à regarder un periscope de Rémy Buisine concernant la manifestation à Paris.)