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Publié par Kathleen

Allez, vas-y.
Vis-le ton rêve.
Crache-le à la gueule de la réalité.
Ouvre les bras, ouvre la bouche, ouvre les yeux.
Tu ne te noies pas : tu respires, peut-être pour la première fois. Ou la dernière.
 
Essuie-toi, je t'en prie. A quoi ressembles-tu ? Redresse-toi, bombe le torse, tiens-toi bien. C'est encore loin la fin du monde ?
 
Notre fin du monde, vue du Sud, vue du Nord, d'en-haut ou d'en bas. 
 
Elle rôde, elle plane, elle avance, elle se propage, elle assombrit, elle encre, elle besogne, elle explose, elle se retient, elle aiguise, elle acère, elle prépare sa grande, elle est imminente, tu la sens, tu la vois, tu as entendu ?  
 
C'est beau une humanité qui se meurt non ? Belles viscères, belle dépouille, belle puanteur, beaux organes. 
 
Dos au mur. Une dernière volonté ? 
 
Tu veux leur apprendre quoi ? Que les souffrances passées n'y ont rien changé ?  
 
C'est ça que tu veux ?
 
Tu veux leur apprendre quoi ? 
 
Plus une ombre, tout est déplié, porté à notre connaissance. Celle des âges. Des non-dits, des lieux communs, des certitudes.
 
Y a-t-il quelque chose entre le début et la fin ? 
 
Guetteur, que vois-tu ? Que vois-tu de la souffrance de l'autre ? Qui regarde qui ? Comment regarde-t-on ?
 
Où regarder sans se blesser ?
 
Que dicte la normalisation ? Quels renoncements ? Comment supporter l'intoxication massive de nos peurs, réelles, imaginaires, pernicieuses, exercées par les forces au pouvoir ? Comment punit-on ? Comment surveille-t-on ? Existe-t-il encore une frontière ? Je suis éprouvée, il est éprouvant.
 
On n'y arrivera pas. Tu avais un rêve ? Mais qu'est-ce qu'il te prend d'y croire encore. 
 
Va arracher ton rêve aux angoisses du quotidien, à la misère qui recouvre tout d'une poussière irritante, grise et acide.
 
Il paraît qu'il n'y en aura pas pour tout le monde.
 
On peut toujours partager nos peurs, non ?
 
Amour ? Peur. Air ? Peur. Nourriture ? Peur. Plaisirs ? Peur. L'autre ? Peur. Sortir ? Peur. Rester ? Peur. Oser ? Crier, pleurer, étreindre, fumer, boire, conduire, accoucher, espérer, croire, s'engager ? Ils s'agitent et plus personne. Plus personne n'y croit. On tourne le dos. On se carapate.
 
J'ai peur d'écrire. D'écrire des mots que personne n'entendra. Qui entend les voix qui hurlent entre les murs ? Qui écoute a peur ? Qui voit les chairs déchiquetés, les blessures, les larmes ?
Personne.
La peur comme agent thérapeutique. Il a doublé ses doses. Il a forcé dessus. Le corps se creuse, s'évide, disparaît. J'ai peur de mes mots car ils ne délivreront pas ceux qui sont prisonniers, ceux qui se cognent contre les parois de leur vie enfermée.
 
On perd sa langue et soudainement ce sont les mots que l'on perd, et la pensée, la possibilité de s'exprimer.
 
 Ne parle pas. Ne regarde pas. Ne bouge pas.
 
 
Extraits des pages 9, 11, 13, 14, 16, 17, 19, 21, 25, 27, 31, 32, 32 
du recueil Bec & ongles
de Perrine Le Querrec
 
 
Centon - Test Perrine Le Querrec
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