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Publié par Kathleen

   Le recueil de Rémi Checchetto, nous, le ciel, peut paraître bien mystérieux à sa première lecture. On peut se perdre dans ces 95 pages écrites entre les lettres desquelles se faufilent toujours un petit bout de ciel. On peut s'y perdre comme on s'y perd dans la poésie, comme on s'y perd dans notre casse-tête chinois, comme on s'y perd entre l'intérieur et l'extérieur, comme on s'y perd dans la vérité, dans une vérité. En effet Rémi Checchetto apporte beaucoup de sens à cette entité qu'est le ciel qui nous domine de sa face de marbre, de sa nonchalance couchée, qui nous étale ses formules que nous ne détenons pas. Le voleur de feu moderne, le voyant de l'âme de l'humanité, le voyageurs aux bagages remplis de mots qui l'entourent, d'inspiration simple et qui pourtant se développe tant entre ses doigts rêveurs, l'archéologue de l'authenticités enfouies et oubliées a su voir dans le ciel tout ce que nous avons perdu de vue, et à travers ses yeux bleus ciel, les nôtres s'ouvrent. Pourtant il y a plusieurs aspects de ce recueil qui peuvent être difficiles à se représenter, à représenter. 

 

  C'est pour cette raison que j'ai cherché un moyen d'illustrer nous, le ciel et l'oeuvre qui fait lui donne le plus de sens, ou du moins dont le sens se rapproche le plus, est à ma connaissance le tableau Der Wanderer über dem Nebelmeer (en français : le voyageur au-dessus de la mer de nuages) du peintre et dessinateur romantique allemand Caspar David Friedrich, qui est l'artiste le plus significatif et qui a le plus influencé ce mouvement artistique et littéraire.

Vision - Rémi Checchetto

       Der Wanderer über dem Nebelmeer a été peint en 1818 et est actuellement exposé à la Kunsthalle de Hambourg. Cette huile sur toile mesure 94.4 × 74.8 cm. Elle représente un marcheur solitaire de dos, situé au centre exact de l'oeuvre, qui contemple depuis le haut d'une falaise un paysage magnifique, romantique et alpin qui s'étend à perte de vue. L'horizon disparaît à peine derrière les collines de l'arrière-plan, autour desquelles s'étend une légère brume qui crée sous les pieds du randonneurs une véritable mer de nuages qui paraît sans fond. Il semble s'agir de la rencontre entre un simple mortel après une ascension périlleuse et un spectacle époustouflant. Cependant on remarque dans ce tableau un fort contraste entre les teintes sombres et ternes du premier plan, caractéristiques de œuvres de Friedrich et plus généralement du romantisme, et le blanc des nuages sur lesquels se reflètent la lumière du soleil. Florence Gaillet de Chezelles décrira ce paysage et dira que ce "contraste de lumière [...] sépare nettement la masse sombre au premier plan —le marcheur et le sommet rocheux où il se dresse— du paysage clair et vaporeux occupant le reste de l’image. Le contraste est si saisissant que le deuxième plan semble à peine exister ; mieux, l’impression de vide pictural ainsi créée suggère la présence d’un gouffre d’où paraissent s’élever les vapeurs lumineuses entourant la masse rocheuse.".

 
    Ce qui est tout d'abord remarquable dans la scène représentée est l'absence de vie hormis le randonneur et quelques arbres qui peinent à percer la couche de nuages cotonneux. C'est un endroit propice à la solitude et la réflexion sur soi-même et sur le monde. Dans ce cadre romantique, la sensibilité s'exprime librement et la raison n'est plus contestée. Ainsi, le regard du personnage n'a pas de direction précise, on ne sait pas ce qu'il regarde réellement, il n'a pas de but. De plus l'horizon qui s'offre à lui est si vaste qu'on pourrait s’imaginer qu'il représente l'infinité de possibilités qu'il a, la projection incertaine et effrayante dans l'avenir. 
 
     "Le paysage provoque donc ici une sensation intense qui évoque la variété et le mystère des forces naturelles : le paysage romantique est presque irrationnel. Il exprime tout à fait la sensibilité et conteste par là même le rationalisme. Loin d’être régulier et défini, il apparaît comme un symbole de force et de passion. Ce que le personnage semble regarder en effet n’est pas ici « le spectacle de la nature, mais un paysage intérieur » |³| propice à l’introspection, et qui n’est autre que la manifestation d’un moi absolu, exprimant la recherche spirituelle, et le dépassement par l'art de la condition humaine malheureuse et vulgaire. Si le paysage occupe une place éminente dans la peinture et la poésie romantiques, il apparaît ainsi comme la projection du paysage intérieur de celui qui regarde." Le désordre, l'infini, le mouvement de ce paysage correspond donc sûrement à l'état d'âme du personnage. Le décor est à l'image du corps, le ciel représente le voyageur.
 
     C'es pour cette raison qui ce tableau donne du sens au recueil nous, le ciel selon moi. Il reprend des thèmes évoqués par Rémi Checchetto, comme par exemple comme le poète dit que "on est comme le ciel, le ciel est comme nous, le ciel change, on change" (p 17), ici aussi le ciel est la représentation de l'état d'âme du personnage. De plus les mouvements qui s'en dégagent n'est pas sans rappeler certaines lignes du recueil : "le ciel est en mouvement, le ciel est un mouvement" (p 10). La présence de nuages sous et au-dessus de l'homme me fait me demander comme le poète "Est-ce qu'il y a un intérieur du ciel et est-ce qu'il y a un extérieur du ciel ?" (p 91). Le paysage semble si léger si éphémère qu'on peut s'attendre à tout moment qu'il disparaisse car ""là-haut les nuages s'effacent sans laisser de traces, ici la permanence des mots."
 
 
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