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Publié par Garance

      L'ours en peluche Magnus se détériore, rongé par les mites et le temps passé... Le propriétaire de l'ours, lui-même nommé Magnus (ou c’est qu’il pense), décide de le mettre à l'eau avant de tomber par hasard sur une lettre soigneusement pliée dans le rembourrage intérieur.

"Si tu m'avais demandé combien de fois tu avais traversé mon esprit, je t'aurais dit une fois, car tu ne l'as jamais vraiment quitté"

"Si tu m'avais demandé combien de fois tu avais traversé mon esprit, je t'aurais dit une fois, car tu ne l'as jamais vraiment quitté"

 

Hambourg, Vendredi 9 août 1943.

 

 

Mon cher enfant, mon Lukas,

 

      Les temps sont durs, la Seconde Guerre Mondiale détruit peu à peu la ville de Hambourg. Je prends peur pour notre famille, particulièrement pour ta mère et toi. Très tôt, j'ai décidé de partir à la guerre dans l'espoir de vous protéger. Ce temps passé dans les tranchées, tirant sur des ennemis parfois invisibles, m’a rendu fou. Je ne pensais qu’à vous et ne supportais plus le bruit des balles, ce même bruit qui servait à tuer des millions de personnes, parfois tout à fait innocentes.

 

      Mais je me suis battu pour la fin de la guerre et quand je suis revenu tu avais tout oublié. Je ne sais pas comment cela a pu se produire. Tu avais oublié ta mère. Ta mère qui pouvait passer des heures à jouer avec toi et ton ours en peluche, ta mère qui écoutait tes journées passées avec tes meilleurs amis : Jérôme et Léon, la cabane que vous construisiez, ta mère qui te préparait de bons petits plats dont tu avais toujours l’habitude de manger jusqu’à la dernière goutte. Elle est morte sous le coup des bombes, brûlée sous tes yeux. Ce fut un choc pour moi, un poignard qui me transperça le cœur. La langue aussi ne te revenait pas, tu étais un parfait étranger à mes yeux, je n’aimais pas cette façon penser comme ceci, mais je n’arrivais pourtant pas à te considérer comme mon fils. Je me suis dit qu’il était important que tu saches cela : ton vrai nom est Lukas, un prénom très en vogue à l’époque. Ta mère l’aimait beaucoup, c’était le nom de son père.

 

      Je ne t’ai pas vu longtemps mais cela m’a suffit. Sans ta mère, j'étais bouleversé et je savais que cette peine ne s'en irait jamais, j'ai donc préféré te laisser dans une famille qui saurait mieux s'occuper de toi que moi je n'aurais jamais réussi à le faire. Je sais ce que tu vas penser et tu as raison, je suis lâche, comment peut-on abandonner son enfant comme ceci ? C’était la meilleure option que je possédais sur le moment. Tu es alors parti et voilà ce qui s’est passé après. Après ton départ j'ai passé mes journées cloîtrées chez moi tant j'étais atteint par cet abandon. J'ai su plus tard, en sortant de chez moi, que tu t'étais retrouvé dans une sorte « d'orphelinat », comme ils aimaient le nommer « un centre d'enfants abandonnés ».

 

      Mon esprit me travaillait, tu sais. Je suis revenu sur ma décision, je voulais que tu vives près de moi, même si cela me demandait quelques efforts. Je me suis rendu dans ce centre. Une dame m'a gentiment dit une phrase qui restera dans mon esprit tourmenté « Oui, le petit garçon qui avait perdu la mémoire ! Ah. Il est parti avec une famille charmante, il avait le sourire aux lèvres. ». Elle me précisa qu'il avait oublié son ours par mégarde mais que la femme Thea et son mari Clemens Dunkeltal allait revenir le chercher. Ces gens me paraissaient honnêtes, ils allaient faire de ta vie quelque chose de bien, je le pressentais. J'ai demandé à la dame de bien vouloir accepter que j'y mette un mot à l'intérieur. Elle était d'accord.

 

      Voilà où nous en sommes. J'ai pris un élégant stylo et je me suis à écrire cette lettre que tu es sûrement en train de lire. Je savais pertinemment que si je la mettais dans ton ours en peluche, cet ours en peluche que tu chérissais tant, tu finirais par la trouver car je sais que tu auras une vie mouvementée qui t'obligera à te déplacer et à garder Magnus, cet ours qui te rattachait au passé avec ta mère et moi. Sache mon enfant, mon Lukas, que ce fut la chose la plus dure que j'ai eu à faire, que je t'aime et que je penserai à toi jusqu'à la fin de ma vie. Je penserai à la vie que nous avons menée ta mère, toi et moi.

 

      Tu me manques déjà mon petit bonhomme, je suis désolé de t'avoir abandonné. J'espère que tu n'auras jamais à te souvenir de ce que j'ai fait. De cet abandon…

 

Puissions-nous revoir un jour.

Ton père, qui t'embrasse.

 

 

 

"c'est une route solitaire"

"c'est une route solitaire"

Source de l'image 1 : ici.

Source de l'image 2 : ici.

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Commenter cet article

Lalou 20/05/2016 20:57

Bravo ! C'est une très belle lettre et qui, de plus, est trouvée de façon très originale !

constance. 19/05/2016 16:14

C'est très joli!