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Publié par Valentine

Alors on avait voulu rouler sur les routes de l’Europe

de Sébastien Ménard

 

On avait voulu quitter nos cabanes nos baraques et nos territoires.

 

Toutes ces histoires d’ours — de mecs qui prennent la route la nuit dans la neige — toutes ces histoires de poussières de poèmes d’eaux-de-vie et de feux qu’on allume — c’était quoi alors ?

 

On avait voulu parcourir les États — traverser les États — on avait voulu rouler — comme ça — sans savoir autre chose que les bords de nos mondes — les bouts de nos plaines — sans chercher autre chose que le nom des sommets — le nom des fleuves le nom des routes le nom des bêtes — le nom des Hommes.

 

On avait voulu aller au bout — voir les eaux de l’Europe s’écouler — on avait voulu suivre des fleuves — écouter les flottes les embarcations les rades et les rafiots — on avait voulu vérifier que tout était vrai tout était là — vraiment là.

 

Alors — chacun avait fait le compte — chacun avait retiré son argent des banques des coffres et des tiroirs — quelques uns avaient préféré enterrer une partie de leurs billets dans un jardin — sous cinquante centimètres de terre et dans un bocal — là — rien ne bouge.

Alors chacun avait annoncé des kilomètres de route des altitudes et des jours de voyage — on avait pris des bouquins des carnets des chaussures et des fringues — on était prêts.

On avait entendu parler de ceux qui marchent debout de ceux qui tiennent la barre — on avait entendu parler de ceux qui vont debout sur le vent — on était là pour ça.

On nous avait dit qu’un jour — tout était fini — on nous avait dit qu’il y avait des bords des ombres et des puits immondes — on savait tout ça — on était prêts.

On avait voulu aller jusqu’au bout — dans chaque direction — on avait voulu casser des murs des barrières et des barbelés — on avait voulu montrer que tout était là — entre nous entre nos mains là — juste là.

 

Certains dansaient encore de ce départ — ils vidaient des verres et célébraient quoi — leur folie leur douceur — leur souffle — leurs yeux là brillant — leurs corps chancelant — vivant.

 

Alors on avait voulu rouler.

 

On avait voulu quitter l’Europe.

 

On avait voulu traverser des continents.

 

On ne savait pas que ça ferait un poème un récit un conte — on ne savait pas qu’on userait nos carlingues nos gueules et nos rêves — on ne savait pas qu’on croiserait vraiment l’homme qui marche seul dans la nuit — celui qui s’échappe des feux de camps — celui qui traverse des frontières — celui qui raconte des histoires — on ne savait pas pour tous les autres — mais on était venus pour eux.

 

Source du poème

 

J'ai choisi d'associer « Alors nous avons voulu parcourir les routes de l'Europe » avec cette chanson d'Aerosmith qui s'intitule « Fly Away From Here » (S'envoler loin d'ici) tout simplement parce que les deux évoque un besoin irrépréssible de s'éloigner de tout, avec un désir extraordinaire. L'un (le poème) parle de partir sur les routes d'Europe afin de se sentir vivant, de vivre à travers les histoires racontées sur le monde tandis que l'autre (la chanson) évoque un nouveu départ ailleurs: les deux sont similaires, ils se complètent par leur souhait commun : voyager.

 

 

 

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