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Publié par Laura-Louise

Une nouvelle sur la différence Une nouvelle sur la différence

 Nous sommes tous des étrangers pour quelqu’un

 

« J’aimerais que tu m’aides à grandir. J’aimerais apprendre à grandir dans ce monde plein de préjugés. Dans ce monde où on se dit frère et égaux alors que ce n’est pas vrai. Ce sont juste des mots. Sans rien derrière, creux à l’intérieur d’eux. Luna j’aimerais que tu m’apprennes à devenir un adulte. Je ne veux pas juste être adulte par définition, je veux pouvoir montrer l’exemple. Je ne veux pas devenir comme les adultes qu’on voit à la télévision  parce qu’ils ont tué beaucoup de gens. Je veux que tu m’apprennes à être comme toi Luna. J’aimerais être comme toi, quelqu’un qui n’a pas peur des personnes qui ne sont pas comme lui. Quelqu’un qui ne juge ni sur le physique, ni sur le sexe, ni sur la couleur de peau ou le pays d’’origine. J’aimerais être juste. Etre sans préjugés et capable d’aimer sans arrières pensées. Tu crois que tu peux  m’aider ? ».

 

La jeune fille qui jusque-là se contentait de fixer le garçon ne savait plus quoi dire. Elle l’avait connu en primaire. Il se prenait un peu pour le petit caïd de la classe, et se croyait au-dessus de tout le monde. Il s’était toujours moqué d’elle. Il l’appelait La Pouilleuse car elle avait fui avec sa famille la Syrie pendant la guerre civile et était arrivée dans son école avec des poux. Elle l’avait toujours trouvé injuste mais attachant. Car Luna ne se contentait pas des préjugés. Luna aimait observer les gestes, ainsi que les expressions des personnes qu’elle voyait tous les jours. Depuis qu’elle était petite, sa grand-mère lui avait toujours dit qu’on en apprenait beaucoup plus en regardant les gens qu’en leur parlant. En l’observant, elle avait alors appris qu’il se donnait des airs. Qu’il n’était en rien un caïd.

 

Un jour durant leur collège  il l’avait défendue contre un garçon de sa classe. Le lendemain il était revenu avec des bleus sur le corps. Depuis ce jour, la jeune adolescente n’avait cessé de l’observer dès qu’elle le pouvait. Pourquoi ce garçon si jovial était-il devenu si renfermé ? Lui qui riait et criait pour rien, souriait à peine maintenant. Elle avait essayé de comprendre et avait fini par le découvrir. En seconde, alors qu’elle était dans la même classe que lui on les avait mis ensemble pour faire un exposé. Il lui avait ainsi proposé de venir chez lui pour avancer car ses parents ne seraient pas là de la journée et que comme ça ils pourraient travailler sans bruit pour les déranger. Luna avait accepté avec un petit sourire. Le jour J, elle était arrivée chez lui. Tout se passa très bien. Ils avaient bien avancé, il ne leur restait plus que la conclusion à faire quand les parents du garçon rentrèrent. Quand ils  les virent tous les deux souriants et riant dans le salon ils parlèrent sèchement au garçon. L’adolescent l’avait alors regardé avec pleins de remords dans les yeux et avait dit à ses parents qu’ils avaient fini l’exposé, et que la jeune fille était sur le point de partir. Le lendemain il était revenu avec un œil au beurre noir. Après cela, il n’avait plus parlé à la jeune fille en dehors des cours. Dès qu’il la voyait, il partait dans la direction opposée. Avec ses amis il semblait bien, seulement on percevait un halo de tristesse autour de lui qu’il cachait avec un sourire à longueur de journée.

 

Puis ensuite en première, leur chemin s’était séparé. Ils avaient choisi une filière différente, n’avait pas les mêmes amis ni les mêmes centres d’intérêts. Alors le fait de le voir là, devant elle et qu’il lui dise tout ceci comme ça de but en blanc surprit quelque peu la jeune fille. « Je sais que tu dois trouver ça bizarre, on n’est pas amis et je viens te voir comme ça pour te demander ça… » Le garçon se mit à rire, au-début, un petit rire nerveux. A la fin, les deux adolescents riaient aux éclats. Ils ne savaient pas vraiment pourquoi. La jeune fille arrêta alors de rire et lui posa la main sur l’épaule. « Tu sais, tu n’as pas besoin de moi pour grandir. Le fait que tu sois venu me voir pour me demander tout cela montre qu’au fond de toi tu es déjà adulte. Mais si tu veux ne plus avoir de préjugés, ris. Comme disait Umberto Eco le rire tue la peur et sans peur il n’y a pas de foi. L’homme se libère par le rire de ce qui le menace. Ris de ce qui te fait peur et plus rien ne te fera peur. » Le garçon la regarda avec plein de reconnaissance. Elle ne l’avait peut-être pas aidé comme il aurait voulu mais elle était restée là, à l’écouter alors qu’il n’avait jamais était gentil avec elle. Du moins pas directement.

 

Depuis petit sa famille l’avait élevé dans la peur de l’autre. Ils lui avaient toujours dit que les personnes qui n’étaient pas comme lui étaient moins bien. Que c’était des terroristes, des extrémistes et qu’un jour ou l’autre ils se feraient envahir par eux. Ses parents lui disaient que les personnes qui fuient leur pays venaient ici juste pour la sécurité sociale. Qu’il n’y avait pas vraiment la guerre, que c’était des menteurs et des profiteurs rien de plus. Qu’eux les français ils travaillaient pour des personnes qui n’étaient même pas françaises. Alors quand Luna était arrivée en ville avec sa famille cela avait fait tout un drame à la maison. « Non mais c’est pas possible ! Mais chéri t’imagine qu’elle est dans la même classe que nôtre fils ! Elle va profiter de lui, ou pire lui refiler ses maladies ! ». A cette époque, le jeune garçon ne comprenait pas trop ce que ses parents disaient. Il était d’accord avec eux. C’était ses modèles après tout.  Mais en grandissant, il ne les comprenait plus. Comment pouvaient-ils être si étroits d’esprit ? Il était maintenant au collège et Luna aussi mais jamais la jeune fille n’avait fait ce que ses parents lui disaient depuis qu’il était petit. Elle avait toujours était gentille avec lui alors que lui l’ignorait à longueur de journée.

 

Alors quand un jour un garçon de sa classe se moqua de la jeune fille il prit sa défense. Mais quand ses parents furent mis au courant par les parents du garçon il se prit la plus grosse raclée de sa vie. Ses parents étaient alors rentrés dans une colère noire, le menaçant de le changer de collège s’il continuait à aider des moins que rien. Il ne voulait pas changer d’établissement, il  y avait tous ses amis. Alors il avait obéi à ses parents. Il n’avait plus rien fait pour aider Luna. Mais cependant, quelque chose en lui avait changé. Il n’était plus d’accord avec ses parents. Il savait qu’ils n’avaient pas raison. A partir de ce moment, il avait décidé de ne plus se fier aux apparences même si cela était très dur pour lui. Depuis petit, sa famille lui avait dit que l’étranger était dangereux. Qu’on ne pouvait pas savoir à quoi ils pensaient, qu’ils étaient méchants. Alors à chaque fois qu’il rencontrait une personne il mettait ses à priori de côté, essayait d’apprendre à la connaître. Seulement, à chaque fois ses préjugés revenaient. Ses parents le lui faisaient également bien comprendre. Le nombre de bleus sur son corps augmentaient a vue d’œil. Il avait alors baissé les bras. A quoi bon ? Ses parents avaient surement raison, les étrangers étaient bizarres avec leur couleur de peau, leur accent, leur façon de parler, de rire, de danser. Il s’était donc mis à penser comme ses parents. Après tout, ils cherchaient juste à le protéger parce qu’ils l’aimaient. Pourquoi ne les croiraient-ils pas ?

 

Seulement Luna n’était pas pareille. Elle faisait tout chambouler en lui. Pourquoi n’était-elle pas comme les autres étrangers ? Pourquoi se sentait-il si bien avec elle ? Elle remettait tout en doute. Il l’avait alors fuie. Il ne voulait pas affronter ses pensées. Vous feriez quoi vous si tout ce que vous pensiez vrai est en réalité faux et que tout ce que vous croyiez faux est en fait vrai ? Lui il avait choisi de s’éloigner et de ne plus avoir à penser. Il le savait que c’était lâche. Mais c’est ce qu’il était, un lâche. Mais maintenant, il avait dix-huit ans. Il était majeur. Le jour de son anniversaire tout lui était retombé dessus. Voulait-il être comme ses parents ? Faire peur à ses enfants pour que ce ne soit pas les étrangers qui le fassent à sa place ?

 

Un jour, une phrase que son professeur de philo avait dite lui était revenue en mémoire. « Nous sommes tous des étrangers pour quelqu’un ». Cela lui avait fait une grande claque. Comment avait-il  pu être aussi bête. Lui qui était en filière scientifique. Lui qui prenait toujours le temps d’analyser le sujet pour pouvoir répondre. Pourquoi ne l’avait-il pas fait dans sa vie ? A cet instant il se sentit tellement stupide. Comment avait-il pu croire que les gens n’étaient que ce qu’il voyait. Les préjugés dans lesquels il les plaçait. Les cases dans lesquelles il les rangeait.  Il s’était mis à rire et avait couru jusqu’au lycée pour attendre la jeune fille. Il voulait lui parler, lui dire qu’il était désolé. Désolé pour tout ce qu’il avait fait mais surtout pour tout ce qu’il n’avait pas fait. Cependant quand il l’avait vue arriver vers lui avec ce regard intrigué et son sourire si sincère sur le visage, il n’avait pas réussi. Tout autre chose était sorti de sa bouche sans qu’il ne réfléchisse. Il lui avait tout dit. Tout était sorti, sans filtre. Et maintenant il se sentait mieux. Il savait qu’il n’était pas tout seul. Qu’il ne serait plus jamais tout seul.

 

L’adolescent regarda la jeune fille avec un grand sourire « J’aimerais bien en savoir plus sur ce Umberto Eco. Un verre ça te tente ? ». La jeune fille le regarda en souriant. « Avec plaisir ! ». Les deux jeunes partirent tous les deux vers un monde meilleur, où tout le monde est étranger et les préjugés des vestiges du passé.

 

 

C'est une nouvelle que j'ai écris dans le cadre d'un concours de nouvelle organisé par Lilian Thuram.

 

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