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Publié par Kathleen

Lorenzaccio

 

Acte IV, scène IX

 
Didascalies - Acte IV, scène 9

 

Une place ; il est nuit ;

Entre LORENZO

 

LORENZO : Je lui dirai que c'est un motif de pudeur, et j'emporterai la lumière ; - cela se fait tous les jours ;

 

Il fait demi tour, les mains dans le dos.

 

- une nouvelle, mariée, par exemple, exige cela de son mari pour entrer dans la chambre nuptiale ; et Catherine passe pour très vertueuse.

 

Il part à nouveau de l'autre sens.

Il sort de sa poche un petit croquis représentant sa mère Marie, sa tante Catherine et lui.

 

- Pauvre fille ! qui l'est sous le soleil, si elle ne l'est pas ! Que ma mère mourût de tout cela, voilà ce qui pourrait arriver.

 

Il plie le croquis soigneusement et le cache dans une poche intérieure de sa veste en fermant les yeux et en le pressant contre sa poitrine.

 

Ainsi donc voilà qui est fait. Patience ! (en chuchotant)

 

Il arrête tout mouvement, semble tendre l'oreille.

Une horloge sonne, il se redresse et chuchote encore.

 

une heure est une heure, et l'horloge vient de sonner. (plus haut) Si vous y tenez cependant ! (se tourne) Mais non, pourquoi ? (se retroune) Emporte le flambeau si tu veux ;

 

Il fait mime de prendre le flambeau et avance dans la rue.

 

la première fois qu'une femme se donne, cela est tout simple.

 

Il tire sur le bout de sa chemise, imite la voix de Catherine et mine le geste d'ouvrir une porte.

 

- Entrez donc, (mime du geste d'inviter à entrer) chauffez-vous un peu. (bat des cils)

 

Il bombe le torse et emprunte la voix grave du duc Alexandre.

 

- Oh ! mon Dieu, oui, pur caprice de jeune fille ; ( sa voix se fait rogue et menaçante) quel motif de croire à ce meurtre ? Cela pourra les étonner, (sur un ton victorieux) même Philippe.

 

Il court dans la rue, bondit sur un gros plâtras et lève la tête vers le ciel.

 

Te voilà, toi, face livide ? (d'un ton presque accusateur)

 

La lune paraît.

Il lui parle.

 

     Si les républicains étaient des hommes, quelle révolution demain dans la ville ! Mais Pierre est un ambitieux (fait dos à la lune) ; les Ruccellaï seuls valent quelque chose (fait volte-face et lève une main vers la lune). - Ah ! les mots, les mots, les éternelles paroles ! (marmonne en faisant les cent pas) S'il y a quelqu'un là-haut, il doit bien rire de nous tous ; cela est très comique, très comique, vraiment. (s'adresse à la lune, au ciel, en parlant fort sur le ton de l'ironie et en riant en même temps) - Ô bavardage humain ! (refait les cent pas) ô grand tueur de corps morts ! (fait demi-tour) grand défonceur de portes ouvertes ! (fait demi-tour) ô homme sans bras ! (refait demi-tour)

 

Il se calme et revient à pas pressés à sa place initiale.

 

     Non ! non ! je n'emporterai pas la lumière. - J'irai doit au coeur ; il se verra tuer (mime le meurtre) ... Sang du Christ ! on se mettra demain aux fenêtres.

    Pourvu qu'il n'ait pas imaginé quelque cuirasse nouvelle, quelque cotte de mailles ! maudite invention ! Lutter avec Dieu et le diable, ce n'est rien ; mais lutter avec des bouts de ferraille croisés les uns sur les autres par la main sale d'un armurier ! Je passerai le second pour entrer ; il posera son épée, là, (montre le sol) - ou là, (montre un autre endroit) - oui, sur le canapé. - Quant à l'affaire du baudrier à rouler autour de la garde, cela est aisé (il refait les cent pas, une main sur son menton, l'autre fait des gestes au fur et à mesure de ses pensées) ; s'il pouvait lui prendre fantaisie de se coucher, voilà où serait le vrai moyen ; couché, assis, ou debout ? assis plutôt. Je commencerai par sortir ; Scoronconcolo est enfermé dans le cabinet. Alors nous venons, nous venons ; je ne voudrais pourtant pas qu'il tournât le dos. J'irai à lui tout droit. (accentue le "droit" avec l'intonnation et un geste de la main)

 

Lorenzo s'arrête et pousse un petit rire. Il passe la main dans ses cheveux.

 

- Allons, la paix, la paix ! l'heure va venir.

 

Il commence à partir, se frottant les bras.

 

- il faut que j'aille dans quelque cabaret ; je ne m'aperçois pas que je prends du froid, et je boirai une bouteille ;

 

Il s'arrête brusquement.

 

- non ; je ne veux pas boire. où diable vais-je donc ? les cabarets sont fermés.

 

Lorenzo imite une conversation entre deux personnes.

 

    Est-elle bonne fille ? (se tourne vers "l'autre personne") - Oui, vraiment. (se tourne vers "l'autre personne") - En chemise ? (se tourne vers "l'autre personne") - oh ! non, non, je ne le pense pas. - Pauvre Catherine ! que ma mère mourût de tout cela, ce serait triste. Et quand je lui aurais dit mon projet, qu'aurais-je pu y faire ? Au lieu de la consoler, cela lui aurait fait dire : crime, crime, (marmonne sans desserrer les dents) jusqu'à son dernier soupir.

    Je ne sais pourquoi je marche, je tombe de lassitude.

 

Il s'assoit.

Il regarde tout autour de lui.

 

    Pauvre Philippe ! une fille belle comme le jour ; une seule fois je me suis assis près d'elle sous le marronnier ; ces petites mains blanches, comme cela travaillait ! Que de journées j'ai passées, moi, assis sous les arbres ! Ah ! quelle tranquillité ! quel horizon à Cafaggiuolo ! Jeannette était jolie, la petite fille du concierge, en faisait sécher sa lessive. Comme elle chassait les chèvres qui venait marcher sur son linge étendu sur le gazon ! la chèvre blanche revenait toujours, avec ses grandes pattes menues.

 

Une horloge sonne.

Il se lève.

 

 

    Ah ! ah ! il faut que j'aille là-bas. - Bonsoir mignon ; eh ! trinque donc avec Giomo. (imite le geste de trinquer) - Bon vin ! (avance à grand pas) cela serait plaisant qu'il lui vînt à l'idée de me dire : Ta chambre est-elle retirée ? entendra-t-on quelque chose du voisinage ? Cela serait plaisant ; ah ! on y a pourvu. Oui, cela serait drôle qu'il lui vînt cette idée.

 

Il s'arrête net et tourne sur lui-même pour voir l'horloge.

 

    Je me trompe d'heure ; ce n'est que la demie. Quelle est donc cette lumière sous le portique de l'église ? (se penche pour mieux voir) on taille, on remue des pierres. Il paraît que ces hommes sont courageux avec les pierres. Comme ils coupent ! (fait un pas) comme ils enfoncent ! (fait un autre pas) Ils font un crucifix ; avec quel courage ils le clouent ! Je voudrais voir que leur cadavre de marbre les prît tout d'un coup à la gorge.

 

Il accentue le groupe nominal "d'un coup à la gorge" en partant dans les aiguë et avec un petit saut, comme s'il dansait.

 

    Eh bien ? eh bien ? quoi donc ? j'ai des envies de danser qui sont incroyables. Je crois, si je m'y laissais aller, que je sauterais comme un moineau sur tous ces gros plâtras et sur toutes ces poutres. (Il hésite puis monte sur un des plâtras.) Eh, mignon ! eh ! mignon ! (il s'adresse à la lune) mettez vos gants neufs, un plus bel habit que cela, tra la la ! (tourne sur lui-même) faites-vous beau, la mariée est belle. Mais, je vous le dis à l'oreille (chuchote), prenez garde à son petit couteau. (crie et sort son épée d'un geste brusque)

 

Il sort en courant.

 

 

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    Juste quelques mots pour expliquer mes choix. J'ai tout d'abord choisi cette scène parce que les autres étaient déjà bien assez explicites à mon goût, bien que certaines auraient mérité, il est vrai, des précisions qui auraient un sens particulier. Ensuite, j'ai choisi ces didascalies car j'imagine Lorenzo dans cette scène très excité, impatient, ne tenant plus en place, voir complètement lunatique et à l'apparence folle. C'est d'ailleurs ainsi que le décrira le cardinal de Cibo quand il préviendra le duc Alexandre dans la scène suivante.

 

Légende : 

 

Gras italique = didascalies inventées

Italique = didacalies déjà existantes dans la pièce de Musset

Normal = réplique de Lorenzo

 

Image

Voici un article de Corentin, un élève participant à la session de 2014 du projet Voix d'Aujourd'hui. Il s'agit d'une vision de Lorenzaccio que j'apprécie tout particulièrement. C'est sur son article que j'ai trouvé dans un premier lieu cette image.

 

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