Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par Kathleen

      J'ai lu l'anthologie Entre corps et pensée des poèmes de Jacques Ancet composé par Yves Charnet avec une passion certaine, mieux encore, une admiration. Les mots me parlaient, s'entrechoquaient dans mon estomac, répondaient à ceux cachés au fond de ma gorge. Mais il y a un poème en particulier qui m'a marquée et qui a retenu mon attention.
 
    Il s'agit du tout premier poème que l'on peut lire du recueil La Brûlure, le Poème 7. En effet ce poème a été à l'image du nom de ce recueil et m'a brûlé à la première lecture. Ses flammes se trouvent en partie dans son rythme rapide, effréné qui jamais ne ralentit ni ne cesse pour reprendre son souffle à un point ou un retour à la ligne. Oui car même un retour à la ligne la proposition, qu'on ne peut d'ailleurs que deviner, ne s'arrête pas toujours, comme à la ligne 17-18 :
 
 
"tu ne sais rien et tu sais que quelque chose
t'attend c'est comme un matin plein de lumière"
 
     Et c'est ça qui fait tout le charme de ce poème : ce flux de paroles dont on ne sait rien, pas même d'où il sort, cette suite de lettres qui trouvent leur sens dans leur prochaine mais qui pourtant semblent être apparues comme par magie, cet enchaînement de pensées qui viennent d'elles-même pour toucher en plein dans le cœur, les yeux, les expériences. Ce rythme est d'ailleurs évoqué dans le poème même quand Jacques Ancet écrit : 
 
"[...] ce rythme 
que tu maîtrises mal parce qu'il t'emporte
ou te traverse vers ce que tu ignores" (l 10 à 12)
 
    Ce poème est aussi très visuel et c'est une chose que j'apprécie énormément en règle générale. Il y a de nombreuses comparaisons (par exemple "comme le bout d'un fil" (l 5), "comme un matin plein de lumière" (l 19) ), des métaphores également que l'on trouvent soit dans l'utilisation d'un champ lexical de la nature comme lorsqu'on évoque "la montagne" (l 24), "le soleil" (l 21), la "colline" ( l 25 + 27), les "fourmis" (l 46), soit dans une des deux énumérations de mots  dont l'une d'elles :
 
"fourmis nébuleuses cailloux électrons
une pyramide une chaise oubliée"
 
à la ligne 46 et 48, soit dans personnifications, certaines sont savoureuses comme à la ligne 32-33 :
 
"[...] ces voix qui parlent
dans ma voix je les entends elles sont là
qui pondent leurs mots dans ma bouche [...]"
 
     Ces images ont l'effet de m'émerveiller comme si je contemplais un feu d'artifice d'émotions, de vérité, comme si je pouvais voir les mots de Jacques Ancet. Et c'est un don magnifique de permettre aux autres de voir ce qu'il dit. Il me suffit de lire ce poème après l'avoir lu pour avoir une multitude de scènes et de paysages, non pas état d'âme, mais traducteur d'âme.
 
    Mais une des raisons les plus importantes pour lesquelles j'aime ce poème est que je me retrouve dans son thème et dans ce qu'il en dit. Selon moi, il parle des mots, de l'écriture et des raisons pour lesquelles on écrit. Ce poème parle de la vie, du rythme des choses qui nous arrivent, de l'influence de ces événements sur nous. Jacques Ancet nous livre un grand secret et je suis heureuse d'avoir pu le lire. Il parle des mots qui brûlent, de la voix dans sa voix, de tout ces choses inexprimables qu'il essaie d'exprimer pourtant. Il écrit "pour faire durer cette brûlure", ce qu'on ressent, les sensations, le toucher, les sentiments, la chaleur, la douleur, l'amour ... On peut vivre ou revivre à travers des simples lettres, des syllabes, des mots. Car parfois, on ne dit rien, on garde tout pour nous, comme un vase sans fond, et un jour tout doit sortir, sinon on imploserait en plein de petits éclats de porcelaine, et c'est ce qui arrive. Tout sort dans un flot ininterrompu de paroles, on ne s'arrête plus. Et maintenant mes doigts courent sur le clavier plus vite que ma pensée. Car c'est comme ça qu'on peut se sentir pendant ces moments, c'est à cette sensation que me fait penser ce poème, cette sensation tant recherchées, tant appréciées, cette sensation de perdre le contrôle l'espace d'un instant et de s'exprimer, de laisser libre son imagination gambader, ou la cicatrice des expériences se décrire dans des phrases, nous offrant ainsi un aperçu, un reflet de nous-même. 
 
    Ce poème, par son rythme, ses images et ce qu'il évoque pour moi est remarquable et inoubliable. C'est pour cela que le poème 7 de La Brûlure m'a tant marquée. 
Election - Jacques Ancet
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

ATC 26/03/2016 22:33

J'aime. Beaucoup.

Lalou 26/03/2016 18:32

Magnifique justification !