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Publié par Garance

"ma fille est empoisonnée !"

"ma fille est empoisonnée !"

Acte III

Extrait de la scène VII

 

PHILIPPE

Mes enfants, mettons-nous à table.

Philippe s'assoit.

LES CONVIVES, montrant du doigt les places inoccupées.

Pourquoi reste-t-il deux sièges vides ?

 

PHILIPPE lève les bras au ciel suivi d'un soupir.

Pierre et Thomas sont en prison.

 

LES CONVIVES, demandant d'une voix outrée.

Pourquoi ?

 

PHILIPPE

Parce que Salviati a insulté ma fille, que voilà, à la foire de Montolivet, publiquement, et devant son frère Léon. Pierre et Thomas ont tué Salviati, et Alexandre de Médicis les a fait arrêter pour venger la mort de son ruffian.

 

LES CONVIVES

Meurent les Médicis !

Les convives se lèvent et crient !

PHILIPPE touche son coeur et verse une larme.

J'ai rassemblé ma famille pour lui raconter mes chagrins, et la prier de me secourir. Soupons, et sortons ensuite l'épée à la main, pour redemander mes deux fils, si vous avez du cœur.

 

LES CONVIVES tapent du poing sur la table !

C'est dit ; nous voulons bien.

 

PHILIPPE

Il est temps que cela finisse, voyez-vous ! On nous tuerait nos enfants et on déshonorerait nos filles. Il est temps que Florence apprenne à ces bâtards ce que c'est que le droit de vie et de mort. Les Huit n'ont pas le droit de condamner mes enfants ; et moi, je n'y survivrais pas.

Philippe se lève et hurle d'une voix emportée !

LES CONVIVES s'approchent de Philippe en lui caressant le dos.

N'aie pas peur, Philippe, nous sommes là.

 

PHILIPPE

Je suis le chef de la famille : comment souffrirais-je qu'on m'insultât ? Nous sommes tout autant que les Médicis, les Ruccellaï tout autant, les Aldobrandini, et vingt autres. (il montre de la main les nombreuses convives) Pourquoi ceux-là pourraient-ils faire égorger nos enfants plutôt que nous les leurs ? Qu'on allume un tonneau de poudre dans les caves de la citadelle, et voilà la garnison allemande en déroute. Que reste-t-il à ces Médicis ? Là est leur force ; hors de là, ils ne sont rien. Sommes-nous des hommes ? Est-ce à dire qu'on abattra d'un coup de hache les nobles familles de Florence, et qu'on arrachera de la terre natale des racines aussi vieilles qu'elle ? C'est par nous qu'on commence ; c'est à nous de tenir ferme ; notre premier cri d'alarme, comme le coup de sifflet de l'oiseleur, va rabattre sur Florence une armée tout entière d'aigles chassés du nid. Ils ne sont pas loin ; ils tournoient autour de la ville, les yeux fixés sur ses clochers. Nous y planterons les drapeaux noirs de la peste (fait le geste de planter un drapeau) ; ils accourront à ce signal de mort. Ce sont les couleurs de la colère céleste. Ce soir, allons d'abord délivrer nos fils ; demain nous irons tous ensemble, l'épée nue, à la porte de toutes les grandes familles ; il y a à Florence quatre-vingts palais, et de chacun d'eux sortira une troupe pareille à la nôtre quand la liberté y frappera.

 

LES CONVIVES

Vive la liberté !

Tous se lèvent et trinquent à la liberté !

PHILIPPE

Je prends Dieu à témoin que c'est la violence qui me force à tirer l'épée, que je suis resté durant soixante ans bon et paisible citoyen, que je n'ai jamais fait de mal à qui que ce soit au monde, et que la moitié de ma fortune a été employée à secourir les malheureux.

 

LES CONVIVES acquiescent.

C'est vrai.

 

PHILIPPE crie.

C'est une juste vengeance qui me pousse à la révolte, et je me fais rebelle parce que Dieu m'a fait père. Je ne suis poussé par aucun motif d'ambition, ni d'intérêt, ni d'orgueil. Ma cause est loyale, honorable et sacrée. Emplissez vos coupes, et levez-vous. Notre vengeance est une hostie que nous pouvons briser sans crainte et nous partager devant Dieu. Je bois à la mort des Médicis !

 

LES CONVIVES se lèvent et boivent.

A la mort des Médicis !

 

LOUISE, posant son verre.

Ah ! je vais mourir.

Louise tombe au sol, assommée.

PHILIPPE se lève et se dirige vers Louise.

Qu'as-tu, ma fille, mon enfant bien-aimée, qu'as-tu, mon Dieu ! que t'arrive-t-il ! Mon Dieu, mon Dieu, comme tu pâlis ! Parle, qu'as-tu ? parle à ton père. Au secours ! au secours ! un médecin ! vite, vite, il n'est plus temps.

Philippe fait de grands gestes apeurés.

LOUISE ferme les yeux.

Je vais mourir, je vais mourir. (Elle meurt.)

 

PHILIPPE pleure à chaudes larmes.

Elle s'en va, mes amis, elle s'en va ! Un médecin ! ma fille est empoisonnée ! (Il tombe à genoux près de Louise.)

 

UN CONVIVE lancent des ordres à travers la pièce.

Coupez son corset ! faites-lui boire de l'eau tiède ; si c'est du poison, il faut de l'eau tiède. (Les domestiques accourent.)

 

UN AUTRE CONVIVE

Frappez-lui dans les mains ; ouvrez les fenêtres, et frappez-lui dans les mains.

 

UN AUTRE parle d'une voix douce, tentant de calmer l'assemblée.

Ce n'est peut-être qu'un étourdissement ; elle aura bu avec trop de précipitation.

 

UN AUTRE se tient le visage entre les mains.

Pauvre enfant ! comme ses traits sont calmes ! Elle ne peut pas être morte ainsi tout d'un coup.

 

PHILIPPE, ne pouvant à peine parler.

Mon enfant ! es-tu morte, es-tu morte, Louise, ma fille bien-aimée ?

 

LE PREMIER CONVIVE montre du doigt la porte.

Voilà le médecin qui accourt. (Un médecin entre.)

 

LE SECOND CONVIVE

Dépêchez-vous, monsieur ; dites-nous si c'est du poison.

 

PHILIPPE essaye de se rassurer lui-même.

C'est un étourdissement, n'est-ce pas ?

 

LE MEDECIN

Pauvre jeune fille ! Elle est morte. (Un profond silence règne dans la salle ; Philippe est toujours à genoux auprès de Louise et lui tient les mains.)

Le médecin se lève, et repart.

UN DES CONVIVES tonne d'une voix assurée.

C'est du poison des Médicis. Ne laissons pas Philippe dans l'état où il est. Cette immobilité est effrayante.

 

UN AUTRE

Je suis sûr de ne pas me tromper. Il y avait autour de la table un domestique qui a appartenu à la femme de Salviati.

Il est choqué et ne tient presque plus debout.

UN AUTRE

C'est lui qui a fait le coup, sans aucun doute. Sortons, et arrêtons-le. (Ils sortent.)

 

LE PREMIER CONVIVE

Philippe ne veut pas répondre à ce qu'on lui dit ; il est frappé de la foudre.

Tous se retournent vers Philippe qui semble anéanti.

UN AUTRE

C'est horrible ! C'est un meurtre inouï !

Tous s'affairent et paniquent à l'idée d'un meurtre pareil ! Ils veulent venger la belle Louise.

 

Les passages en rouge sont ceux que j'ai ajoutés à la pièce.

Source du passage de Lorenzaccio : ici.

Source de l'image : ici.

 

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Commenter cet article

Aurianne 30/03/2016 08:54

L'image va vraiment bien avec cette scène !

Aurianne 30/03/2016 08:54

L'image va vraiment bien avec cette scène !

Valentine 30/03/2016 08:33

Belle imagination Garance !