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Publié par Iris

Didascalie - Acte II scène I
Acte II, scène I

[...]

LE PRIEUR — Je viens de la foire de Montolivet.

PHILIPPE — Etait-ce beau ? Te voilà aussi, Pierre ? Asseois-toi donc (tend la mains vers la chaise) ; j'ai à te parler. (Entre Pierre Strozzi.)

LE PRIEUR — C'était très beau, et je m'y suis assez amusé, sauf certaine contrariété un peu trop forte que j'ai quelque peine à digérer (fait la moue).

PIERRE — Bah ! qu'est-ce donc ?

LE PRIEUR — Figurez-vous que j'étais entré dans une boutique pour prendre un verre de limonade... Mais non, cela est inutile... (baissant la tête) je suis un sot de m'en souvenir.

PHILIPPE — Que diable as-tu sur le cœur ? (le regarde droit dans les yeux, l'air inquiet) tu parles comme une âme en peine.

LE PRIEUR — Ce n'est rien qu'un méchant propos, rien de plus. (tente de se ressaisir et souffle) Il n'y a aucune importance à attacher à tout cela.

PIERRE — Un propos ? sur qui ? sur toi ?

LE PRIEUR — Non pas sur moi précisément. Je me soucierais bien d'un propos sur moi. (rit nerveusement)

PIERRE — Sur qui donc ? Allons, parle, si tu veux.

LE PRIEUR — J'ai tort ; on ne se souvient pas de ces choses-là quand on sait la différence d'un honnête homme à un Salviati.

PIERRE — Salviati ? Qu'a dit cette canaille ? (devient rouge comme pivoine et fronce les sourcils)

LE PRIEUR — C'est un misérable, tu as raison. Qu'importe ce qu'il peut dire ? Un homme sans pudeur, un valet de cour, qui, à ce qu'on raconte, a pour femme la plus grande dévergondée ! (lance un regard appuyé à Pierre) Allons, voilà qui est fait, je n'y penserai pas davantage.

PIERRE — Pense-y et parle, Léon ; c'est-à-dire que cela me démange de lui couper les oreilles. (il s'emporte) De qui a-t-il médit ? De nous ? de mon père ? (serre les poings) Ah ! sang du Christ, je ne l'aime guère, ce Salviati.  (plus calmement) Il faut que je sache cela, entends-tu ?

LE PRIEUR — Si tu y tiens, je te te dirai. Il s'est exprimé devant moi, dans une boutique, (il rebaisse la tête) d'une manière vraiment offensante sur le compte de notre sœur.

PIERRE — O mon Dieu ! Dans quels termes ? (hausse le ton) Allons, parle donc !

LE PRIEUR(chuchote presque, honteux) Dans les termes les plus grossiers.

PIERRE(s'emporte encore une fois) Diable de prêtre que tu es ! tu me vois hors de moi d'impatience, et tu cherches tes mots ! Dis les choses comme elles sont parbleu, un mot est un mot ; il n'y a pas de bon Dieu qui tienne.

PHILIPPE(gronde Pierre) Pierre, Pierre ! tu manques à ton frère.

LE PRIEUR — Il a dit qu'il coucherait avec elle, voilà son mot, et qu'elle le lui avait promis.

PIERRE(ouvre grand la bouche, choqué)  Qu'elle couch… Ah ! mort de mort, de mille morts ! (enervé) Quelle heure est-il ?

PHILIPPE — Où vas-tu ? allons, es-tu fait de salpêtre ? Qu'as-tu à faire de cette épée ? tu en as une au côté.

PIERRE — Je n'ai rien à faire ; allons dîner, le dîner est servi. (Ils sortent.)

 

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