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Publié par Kathleen

     Le recueil poétique La vie est chaude de Dominique Sampiero est composé d'un poème d'introduction qui s'appelle Passage du souffle dans la petite éternité de l'air et d'une grande partie intitulé Nos lèvres et leurs baisers, l'ensemble du recueil est donc relativement uniforme sur le thème mais la forme, au contraire, change.

 

Versification - Dominique Sampiero
     Premièrement le poème Passage du souffle dans la petite éternité de l'air est écrit intégralement en prose et en italique, peut-être pour nous faire comprendre que nous ne sommes pas encore entrés dans le vif du sujet mais que nous passons, ligne après ligne, la porte qui nous y conduira. Dans cette prose, on s'imprègne de l'ambiance du recueil, on entrevoit ce qui nous attend. Et on nous laisse sur une énumération de questions rhétoriques qui annonce la problématique du recueil. On nous laisse alors sur une des biens belles questions : "Pourquoi sommes-nous devenus des illettrés de la mort ?"
 
     Ensuite la partie Nos lèvres et leurs baisers n'est pas uniquement écrite en prose, puisqu'à deux reprises l'auteur passe à la versification. Mais alors pourquoi choisir ce changement ? En deux paragraphes, Dominique Sampiero nous plonge dans une ambiance très mélancolique et émouvante. En deux paragraphes, il nous raconte comment tout le monde se comporte face à la mort. Et c'est à l'évocation de la nuit que s'effectue une première rupture de la poésie en prose. Chaque strophe ne sont que de deux ou trois lignes, quatre parfois. Et dans chaque strophe, ce même mot revient : "Nuit". Souvent placé en début de paragraphe, afin qu'il ait sa propre majuscule. Dans cette versification, le poème s'étire, s'allonge, ralentit et trouve un rythme particulièrement savoureux. Ça ne semble qu'être des bribes, des petites pensées passagères et volatiles, qu'on éternise avec de l'encre pour ne pas qu'elles s'envolent. Quand on avance dans le recueil, on peut comprendre que la nuit est le moment le plus long, le plus dur, mais aussi le plus beau et certaine fois le plus bénéfique lors d'un deuil. Ou dans la vie de tous les jours également. Elle nous permet de nous retrouver, de penser aux personnes perdues, de nous perdre pour mieux nous trouver. Apprendre à ne plus être la nuit, mais de marcher avec la sienne. Il a donc ici une éloge de la nuit. 
 
     Après un long passage en prose où on parle et débat du deuil, de la mort et de nos réactions face à elle, nous revenons aux vers, mais quelque chose a changé depuis le dernier passage écrit ainsi. On le sent bien. Le poème a évolué entre temps, les mots ont évolué, les mots font évoluer. Et le poème se conclut comme il s'est ouvert, en deux paragraphes. Deux paragraphes dans lesquels on laisse partir les défunts. Deux paragraphes qui ne répondent pas à nos questions, qui nous ouvrent au contraire des possibilités et d'autres questionnements. Deux paragraphes qui se terminent par trois nouvelles questions rhétoriques. Rhétoriques ? Peut-être pas finalement, car enfin on finit quand même par une réponse : "Et si aimer, c'était voir enfin. Regarder l'autre pour la première fois." L'auteur a donc pu faire ses choix pour pouvoir créer un effet d'écho : la fin répond au début dans un parallélisme poignant. 
 
     Enfin on peut remarquer les nombreux blancs typographiques du recueil. Souvent, la dernière phrase du paragraphe ne se termine pas au bout de la ligne et entre deux paragraphes deux ou trois lignes sont passés. Le recueil parait donc éclaté, morcelé, fragmenté en différents petits morceaux, proposant une métaphore sous-entendue de la vie peut-être ? Ou alors ces blancs représentent le vide, les moments de réflexion où l'auteur ne faisait rien d'autres que de penser. Cela nous offre un moment de recueillement, de contemplation de la vie elle-même, de soupir. 
 
     En conclusion, la versification de ce recueil est très recherchée et on peut facilement la trouver intéressante si ce n'est magnifique. C'est une chose que j'ai beaucoup appréciée dans ce poème.
 
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Lalou 15/02/2016 19:11

Magnifique justification ! Très imagée et paraissant très juste ! ça donne envie de lire le recueil pour pouvoir constater cela. Encore bravo !