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Publié par Kathleen

  "Ouvre-moi, nous inviterait ce recueil s'il était une valise." 
 
    C'est une valise.
 
Recueil-valise - Cécile Portier

 

 

    Et dans cette valise il y a : 
 
    Un appareil photo aussi vieux que les personnes qui l'ont utilisées.
 
    Des photographies en noir et blanc, comme si les couleurs risqueraient de donner à la scène trop de crédibilité, trop de vraisemblance et lui enlèveraient son mystère.
 
    Du papier à lettres tâché, usé par le temps et déteint par les mots.
 
    Des inconnus formants une grande famille.
 
    Un banc sur lequel on peut occuper toutes les places.
 
    Un sucre avide de douceurs contre la rationalité de la Bête.
 
    Une boîte en fer contenant tous les souvenirs ratés, dont on ne veut plus, dont on veut oublier la déception qu'ils ont suscité.
    
    Des tissus chamarrés et moelleux où est posé une robe de peau.
 
    Une pellicule qui cède, résistant à l'envie de faire vrai pour obliger à être vrai.
    
    Un remake de la vie.
    
    Un regard, un regard objectif, un objectif.
 
    Des pierres mouvantes, plus vivantes que la colonne du belvédère de cette guerrière.
 
    Une cible horizontal.
 
    Une table d'orientation à laquelle on tourne le dos.
 
    Un fleuve sombre contournant une île endormie.
 
    Une marche en rappel contre le temps.
 
    L'obéissance incarnant le rôle de la pureté dans une robe pressée.
 
    Une découverte mystérieuse s'interrogeant sur un crâne oblong et dégarni.
 
    Des euphorbes euphoriques se projetant vers l'avenir.
 
    Une promenade autour du lac d’Enghien.
 
    Une personne de trop.
 
    Un képi, une couronne.
 
    Un ciel de toile rayé.
 
    Un rideau à essayer.
 
    Un vieux landau.
    
    Une ombre trop grande pour soi.
 
    Une fleur parmi les fleurs, un meuble parmi les meubles.
 
    Une Chantilly fraîche, acidulée, son aplomb, son pragmatisme, sa drôlerie et son côté surjoué.
 
    Un boitier noir.
 
    Un chien de faïence.
 
    Une grande fatigue industrielle.
 
    Le costume du jour de relâche.
 
    Une lourde poupée.
 
     Le candélabre de la flamme.
 
    La courbe des collines du sourire d'une famille.
 
    Un manteau absorbant la noirceur du paysage.
 
    Un homme sans autres yeux que sa monture protectrice.
 
    Un sol acceptable.
 
    Un somnambule gonflé d'honneur en robe noir.
 
    L'oxymore de l’accessoire indispensable.
 
    Des images orphelines.
 
    Une nymphe qui refuse de prendre son envol.
 
    Un éclaireur qui tient à peine sur ses jambes.
         
    Une aventurière camouflée dans les piquants d’ombre et de lumière, invisible et radieuse.
 
     La désolation d'un jardin en lent dégel.
 
     L’odeur âcre de l’excitation sur la peau suivi d'une bouche en trait de silence enfin regagné.
 
    Une spectatrice enthousiaste.
 
    Un corps défendant.
 
     Un paysage illisible, un ciel d’hiver aveuglant, des arbres sinistres.
 
    Une carte offrant des opportunités dans ses vides.
 
    Un interrupteur brillant au-dessus d'une étoile.
 
    Un triste hymen sous vitre.
 
    Un enfant désiré incinéré dans les yeux brûlant de sa mère.
 
    Quelques moments d'attentes.
 
    Des pierres éboulées comme édifice.
 
    Un petit otage de la vie fasciné et souriant.
 
 
     "Ouvre-moi, nous inviterait ce recueil s'il était une valise. Ouvre-moi et découvre mes merveilles. Ce sont celles de la vie." 
    
     C'est une valise de la vie.
 
     Dans cette valise, il y a des vies.
 
    Des vies qui, sous nos yeux, reprennent leurs droits et continuent.
    Où ça ? Dans leur cadre, dans nos prunelles, dans nos cœurs, dans des mots ...
    Que sais-je ? 
 
 
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Commenter cet article

Laura-Louise 01/02/2016 16:27

Super article ! Ta valise est très remplis mais de pleins de belles choses.

Hermine 30/01/2016 16:48

Super article Kathleen ! Bravo ! :)

Lalou 29/01/2016 19:41

Très très beau recueil valise ! Bravo !