Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par Arianna S.

Le nounours

je peux encore rappeler ses bras chauds autour de moi, ses yeux doux et innocents qui me regardaient chaque fois que nous jouions ensemble, les merveilleux sourires qu’elle me donnait quand elle me retrouvait après avoir travaillé avec son grand frère pour porter l’eau des puits à la maison, le bruit de son petit cœur qui palpitait quand elle m’embrassait fort dans un câlin, et j’ avais appris à comprendre quand elle était heureuse, triste, tranquille ou inquiète par la réaction de son corps fragile. Et c’était frustrant de ne pas pouvoir l’aider, pas communiquer avec elle, sourire ou bien pleurer avec elle, pour lui faire savoir qu’elle n’était pas seule, parce qu’elle me donnait beaucoup, elle me donnait la vie.

Mais cette nuit là tout était différent, un gros brouillard nous a réveillés, une bombe, une explosion, et des autres à suivre, tout c’est passé rapidement sans nous laisser le temps de respirer ou réaliser ce qu’il y avait autour de nous.

Les gens sont sortis rapidement de leurs maisons, dans la rue, les femmes criaient les noms des enfants et ils pleuraient en criant « maman, où tu es maman ? » , les hommes avaient pris des pistolets ou des fusils s’il y en avait, et tous s’enfuyaient, mais il n’y avait pas de lieux sûrs .

Celle nuit là quand elle m’a porté dans la rue, son corps ne communiquait pas de bonheur, pas même de tristesse, celle-là, c’était de la pure terreur. Et moi, j’étais naïf, un simple vieux nounours, qu’est-ce que je pouvais comprendre de la brutalité humaine ? Elle me disait « c’est la guerre Zizou » mais je continuais à ne pas comprendre « les méchants sont arrivés, maman dit qu’ils n’ont pas de cœurs, mais s’ils n’ont pas de cœur comment peuvent –ils vivre ? Est-ce qu’ils ont une famille ? Est-ce qu’ils ont quelqu’un qui les aime ou qui aiment ? Et pourquoi alors ils font ça ? Ils détruisent des maisons, de petits animaux innocents et des familles comme nous ? Peut être qu’ils ne connaissent pas ce que c’est qu’aimer quelqu’un, ce que signifie le fait d’avoir quelqu’un qui t’aime, comme moi et toi Zizou, je sais que je t’aime et que tu m’aimes aussi, nous pouvons peut être leur montrer ce que cela signifie, je peux leur faire un petit câlin, je suis sûre qu’ils ont un cœur aussi, j’en suis sûre Zizou ». Nous avions trouvé un abri dans un bâtiment abandonné et elle me chuchotait ces mots en tremblant, elle avait peur, mais elle était très courageuse aussi, même si elle avait seulement 6 ans. « J’ai toujours pensé que si on répond à la violence avec de la violence encore on va obtenir seulement beaucoup de violence, comment puis-je apprendre l’amour à des hommes violents ? ». Toutefois c’était trop tard, la guerre nous avait trouvés même dans notre abri et le bruit des verres cassés nous avait déjà envahis.

Depuis le matin suivant je suis détendu sous cet arbre, près de notre abri traître et j’attends avec patiente de retrouver un peu de chaleur humaine, un câlin, un sourire, un geste doux comme la jolie petite fille qui m’a donné les plus beaux moments de mon inutile existence.

Ah l’être humain, quel bizarre animal, il lui faut de si forts sentiments pour vivre, il se croit invincible, mais il est si fragile, capable de détruire sa propre espèce, pour obtenir des choses éphémères qu’il pense être plus importantes que l’affection d’un autre être humain.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Lomé 09/01/2016 14:30

C'est très beau ! Bravo

Hannah (TL) 08/01/2016 14:42

Magnifique texte!