Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par Arianna R.

Le cirque dans le désert

Que fais-je ici? Qu'est ce qui passe autour de moi? Pourquoi je ne vois plus les sourires des gens, le plaisir, la joie pétillante à mon arrivée ? Il y a beaucoup de questions que je me posais il y a quelques mois, lorsque je fus abandonné ici, dans cette terre vide, confus, sans humanité. Moi, comme vous pouvez le voir, je suis une grande tente blanche et rouge, je suis l'une de ces nombreuses tentes qu'on associe toujours à un cirque, à l'arrivée d'une compagnie, un groupe de garçons, à des hommes, des femmes et des enfants, dont le but est de faire amuser, de émerveiller le spectateur. Et ceci est précisément ce que j'étais habitué à faire jusqu'à il y a quelques mois, peut-être des années, mais les choses ont changé. Pendant le dernier spectacle, je sentais que mes camarades, mes garçons envisageaient de tout quitter, d'abandonner tout ce qu'ils avaient construit, car il n'était plus possible de travailler dans leur cirque dans une situation comme celle-là. Mais je me demandais : quelle est la situation ?

Seulement aujourd'hui je me rends compte de tout ce qui reste autour de moi, seulement aujourd'hui je peux voir les visages des hommes constamment désolés, abandonnés à leur sort, avec la peur qui ne disparaît jamais de leurs yeux. Leurs maisons sont dévastées, entourées d'explosifs ; je vois aussi des serviettes blanches accrochées dans la ville et je me rends compte qu'ils ne sont ni une tradition ni un embellissement, parce qu'ils permettent aux enfants, aux hommes de marcher dans la rue sans être vus, sans être tués.

Je me sens déplacé, un petit point dans le désert qui m' entoure, je me sens faible, abattu. Mes couleurs pâlissent de plus en plus ,chaque jour, je vieillis et je vais mourir ici, mais je voudrais m' échapper, arriver à un lieu idylliaque, un lieu sûr où les gens peuvent marcher dans les rues insouciants, sans peur de vivre. Je voudrais retourner d'où je suis venu, dans cette terre pleine de couleurs, mais, au contraire, il n'y a aucune chance de changer mon destin. Ceci est ma pensée et la pensée de tous les habitants de Kobane.

Certains jours des groupes d'enfants viennent ici. Silencieux, avec des pas rapides et, inaperçus, ils laissent les murs de la ville, ces murs qui ne sont pas construit avec des briques, mais ils sont faits en bois, en sacs, en tout matériel ou objet qui peut être superposé. Ils se rassemblent en cercle sous ma protection et ils font des jeux simples, ils plaisantent, ils rient, jouent avec le bonheur typique des enfants, ils font des choses que, dans les murs,... ils ne peuvent pas les retrouver. Je les écoute pendant qu'ils racontent leurs jours et ils inventent des histoires sur leurs avenirs , en rêvant de devenir des héros pour sauver le monde, de vivre sur une île, parce que la mer, même s'ils ne l'ont pas vue, c'est la merveille la plus pure, absolue que la nature puisse offrir.

En parlant de la mer, ils pensent à l'eau et ils se demandent comment en avoir un peu, parce que les puits d'eau buvable disponibles ont été détruits, ou mieux, empoisonnés par les terroristes.

Il n'y a rien, ces pauvres gens n'ont pas de chance de s'échapper pour sauver leurs vies, leurs destins. La seule chose qui reste est l'espoir, ce que j'ai toujours conservé entre mes fissures, entre mes couleurs, ce qui me fait encore croire que un avenir meilleur, une vie meilleure peut exister pour tous.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article