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Publié par Logan

Lecture cursive - Voyage au bout de la nuit

 

Voyage au bout de la nuit est publié en 1932, il s'agit ici du premier roman d'un auteur aujourd'hui considéré comme l'un des plus importants de son siècle : Louis-Ferdinand Céline. Celui-ci fait grand bruit, de par son style, assez innovant, fait d'argot et d'un oral surprenant, déstabilisant, mais toutefois élégant. Dans ce style parlé il innove plus ou moins (si je dis « plus ou moins » c'est qu'un auteur comme Ramuz, suisse, écrivait dans un style plutôt similaire bien avant lui), il chamboule le monde littéraire à cette époque là et est source de nombreux débats. Céline, on aime ou on aime pas. Sa forme peut déranger certes, à cause d'une sorte de vulgarisation qui en repoussera plus d'un, mais cette forme là est réfléchie, mêlée à des expressions d'une vérité pertinente. La forme dérange, mais le fond aussi, car dégoulinant d'une crasse humaine imparfaite et presque animale.

Lecture cursive - Voyage au bout de la nuit

 

Son fond, jetons-y un œil : L'histoire est celle d'un homme, Ferdinand Bardamu, qui ne connaîtra au fond qu'un brin très maigre de répit, engagé dans l'armée, il sera soldat lors de la première guerre mondiale, durant laquelle il sera témoin d'atrocités, il y rencontre cependant Robinson, un homme avec lequel une amitié se forme, une amitié qui durera.

Après la guerre Bardamu part en Afrique, ou il découvre les conditions et la vie de manière générale de la vie coloniale. Malade il part en Amérique, à New-York, il travaille dans une usine Ford, il y rencontre Molly, une prostituée à laquelle il ne cessera de penser.

Ne s'y sentant pas vraiment à son aise, il retourne en France, il travaille en tant que médecin à Drancy, une ville extrêmement pauvre ou règne misère, débauche et crasse. Il part à Toulouse visiter Robinson, devenu aveugle et promis à une femme, Madelon. Il revient sur Paris et travaille dans un hôpital psychiatrique dont il deviendra rapidement directeur. Robinson revient à Bardamu, ayant retrouvé la vue, lassé de Madelon et cherchant à se cacher des autorités au cas ou ou celle-ci chercherait à le nuire en l'attaquant en justice. Et je m’arrêterai ici car il serait assez bête de tout dévoiler, je vous laisse donc filer l'acheter/l'emprunter, et vous souhaite bonne lecture.

Illustration de Jacques Tardi de Voyage au bout de la nuit.

Illustration de Jacques Tardi de Voyage au bout de la nuit.

Vous aurez ici noté la ressemblance (à peine subtile) entre les deux noms que sont celui de l'auteur (Louis-Ferdinand) et celui du personnage principal (Ferdinand), je pense qu'il est assez nécessaire d'expliquer le rapport entre LFC ( = Louis-Ferdinand Céline) et Ferdinand. Le personnage principal est clairement un élancement de LFC, une projection utilisée pour exprimer des pensées qui sont en fait siennes. Ferdinand lui sert alors de port-étendard, d'une sorte de caméra qu'il promènera tantôt à Paris, tantôt à New-York, filmant l'humanité, et l'absurdité que représente celle-ci. Il filme, et commente, analyse cette société, sans en laisser un détail, de manière absolument fine et précise.  

Illustration de Ferdinand Bardamu

Illustration de Ferdinand Bardamu

Sa vision du monde se montre alors complètement pragmatique. Le monde, il le décrit comme dénué de tout sens, d'une logique absente et d'un objectif aveugle. Vision qui se rapproche en beaucoup de points du nihilisme1. C'est un personnage également borné, il acquiert de ses expériences des idées claires et inamovibles.

La lâcheté serait – selon lui – une sorte de vertu humaine, chaque homme est lâche par essence. Ne pas être lâche, c'est être fou. Pour survivre, il faut savoir être lâche, et Ferdinnand l'applique prudemment la lâcheté, fermant les yeux sur des meurtres, des avortements, de déserter durant la guerre ect... Un moyen donc de survie selon lui, dans un monde complètement cinglé et dangereux par certains égards.

L'homme est mauvais de nature, « faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu » dit-il. Lui-même au fond l'est, puisqu'il présente une forme d'égoisime le poussant à agir dans ses propres intérêts, ne se souciant peut de l'autre. Ferdinand explique la vilenie de l'homme par une souffrance qui pousserait ceux-ci à agir ainsi. Les hommes sont fous, et poussés par des valeurs complètement fausses et idéalistes (Ferdinand refuse de croire en un idéalisme, il est pessimiste), le patriotisme, par exemple, pousse les hommes à se faire la guerre et à s’entre-tuer sans trop de de discernement, il coule les hommes et les embourbe de déraison. Il critique une exploitation facile de l'homme par les usines (ici Ford) causées par la misère et la soif d'argent, ces usines même qui « «broi[ent] les individus, les rédui[sent] à la misère, et ni[ent] même leur humanité», les malheurs capitalisme ne lui échappent pas. L'humanité est condamnée – selon lui – à périr, à être réduite en cendres, l'homme n'est que « pourriture en suspens », certains hommes ne vivent pas, ils attendent de vivre, et c'est ici que réside toute la pensée de Bardamu, dans un refus d'un idéal, un défaitisme froid et décomposé.

 

 

1vision philosophique selon laquelle l'humanité n'aurait aucun but, aucun sens.

"être seul, c'est s’entraîner à la mort"

"être seul, c'est s’entraîner à la mort"

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