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Publié par Morgane

Lecture cursive - Soie

Soie est un roman italien d'Alessandro Baricco, paru aux Editions Gallimard dans la collection Folio. Ce court roman de 142 pages raconte l'histoire de Hervé Joncour, un acheteur et vendeur de vers à soie, qui va entreprendre quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains, dans le but de sauver des élevages contaminés par une mystérieuse épidémie.

(Quatrième de couverture + source image)

 

Le personnage principal, Hervé Joncour, a 32 ans lorsque débute cette histoire. Il est marié à une femme douce et discrète, Hélène. S'il exerce sa profession d'acheteur-vendeur de vers à soie, c'est grâce à Baldabiou, qui a non seulement permis l'implantation de ce métier dans le village de Hervé Joncour, mais a en plus réussi à le détourner de la carrière militaire à laquelle son père le destinait. C'est aussi poussé par ce Baldabiou que Hervé Joncour se rend pour la première fois au Japon, alors qu'il ne parle pas un mot de japonais.

Hervé Joncour est un personnage plutôt passif. Comme on peut le lire page 14, "c'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie", et même, page 58 : "La vie filait simplement, réglée par une éthodique normalité. Hervé Joncour la laissa glisser sur lui."

 

Lecture cursive - Soie

En fait, tout le long du récit, le personnage de Hervé Joncour reste mystérieux, presque inconnu. Ses émotions ou ses pensées nous sont dissimulées. Nous ne pouvons voir de lui que ce qu'il fait, ou ce qu'il dit. Le fait qu'il "contemple sa propre vie", ce rôle de spectateur qui lui est dès le début attribué, traduisent un détachement, une légèreté, une insouciance de sa part vis à vis du monde. Je n'ai pu m'empêcher de penser au personnage de Henri Michaux : Plume. Des phrases entières sont parfois répétées, presque mot pour mot, au fil du récit ; notamment lors des différents voyages de Joncour au Japon. Cette répétition accentue le côté dérisoire et léger de sa vie, faisant de ce merveilleux voyage une simple succession d'étapes à l'ordre invariable.

C'est donc un personnage que l'on ne comprend pas, et qui semble ne pas non plus comprendre les autres, détaché du monde qu'il est, le gardant à distance dans son cocon (de soie ?). Il ne comprend pas sa propre femme, dont on ne connait presque jamais les sentiments. Que pense-t-elle, Hélène, des multiples voyages de son mari, dont il ne dit rien ? Et surtout, ce dernier acte qui surprendra le lecteur... Cette chose insensée que fait Hélène, Hervé Joncour ne le comprendra pas plus. Et puis il y a cette femme mystérieuse et silencieuse que Hervé Joncour rencontre au Japon et dont il est presque sûr d'être amoureux. Comment pourrait-il la comprendre, lui qui ne parle pas japonais, elle qui ne parle pas ?

Finalement, Soie est un roman sur la fugacité, la légèreté, la futilité de la vie. A l'image de la soie, ce tissu si beau et si délicat, si fin que quand "on la serre dans son poing, on a l’impression de ne rien tenir entre les doigts." Un roman sur presque rien donc. Qui approche l'évanescent et fabuleux mystère de la vie :

"Parfois, les jours de vent, il descendait à travers le parc jusqu'au lac, et restait pendant des heures, sur le bord, à regarder la surface de l'eau se rider en formant des figures imprévisibles qui brillaient au hasard, dans toutes les directions. De vent, il n'y en avait qu'un seul : mais sur ce miroir d'eau on aurait dit qu'ils étaient mille, à souffler. De partout. Un spectacle. Inexplicable et léger. Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour [...] passait des heures à le regarder, parce qu’il lui semblait voir, dessiné sur l’eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu’avait été sa vie."

De vent, il n'y en a qu'un seul : le monde.

mais sur ce miroir d'eau, ils étaient mille à souffler : les vies humaines.

Aussi fugaces, légères et inexplicables qu'une ridule sur la surface d'un lac.

 

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