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Publié par Elise

Lecture cursive - Confession : Le grand Meaulnes

Le grand Meaulnes livre ses dernières confessions dans cette lettre :

 

Bonsoir. (Le dernier soir d’une vie peut-il être bon ?) Mon bon Dieu, je t'écris comme j'ai vécu, au fil du temps et des sentiments. Je ne sais qui de l’enfant ou de l’adulte vous parle. Sans doute s’agit-il de l’adolescent. Celui qui a vécu le dramatique passage de l’enfance à l’âge adulte. Mon ami, François Seurel, m’a toujours dit que je n’étais jamais parvenu à atteindre cette dernière étape.  Peut-être, est-ce ce soir en écrivant ainsi mes dernières lignes que je le fais. Oubliant, l'instant d’une ultime confidence, ma soif d’aventure et laissant de côté mon intrépidité caractéristique de l’homme que je suis.

Peut-être, est-ce un péché de n’avoir jamais pu ni voulu grandir ? Oui, vous avez bien lu « pu » du verbe « pouvoir ». En effet, mon enfance fut trop belle… ne vous offusquez pas s’il vous plait, continuez à lire pour me comprendre. Alors, oui mon enfance fut trop belle. Loin de moi l’idée d’ironiser (puisqu’elle le fut réellement). Et non pas que je m’en plaigne sachant que bon nombre de gamins auraient voulu connaître mon existence paisible à la campagne. Cette période me fut tellement agréable que lorsque j’intégrais l’école de Sainte-Agathe et rencontrait mon fidèle ami Seurel, je ne me sentais plus le droit d’accéder au bonheur. Une voix au fond de mon esprit, m’ordonnait de laisser un peu d’allégresse à ceux qui ignoraient tout de ce sentiment. Je passai ma vie à lui obéir, refusant d’être heureux. Sûrement ai-je eu tort, mais il est trop tard. Je sais seulement que François, tout empli d’admiration pour moi qu’il était, aurait voulu me voir heureux. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Il aurait été fier de moi.

Ce bonheur, hélas impossible pour ma pauvre âme, expliquerait pourquoi j’ai abandonné Yvonne, ma belle Yvonne… Cher Dieu, vous m’en voudrez peut-être mais je ne le regrette pas vraiment. Vous me pensez égoïste ? Probablement. Cependant je considère que le fait d'être égoïste commence lorsque l'on blesse quelqu'un pour une fin personnel. Dans ce cas oui, j'ai pu être égoïste et ne pensez pas que cela me rende fier. Mais voyez l'amitié fusionnelle que j'ai, toujours au fond de moi, avec l'ami d'une vie, François Seurel. L'égoïsme est une idée bien absurde, on vit tout d'abord pour soi et l'on est suffisament intelligent et humain pour s'imposer des limites.

J’étais dans l’incapacité de passer à l’âge adulte. J’ai vécu ma vie selon mes goûts, mes choix, et mes désirs. Je ne suis pas déçu. Mon seul remords, sans doute, fut de blesser Yvonne à vie. Peut-être aurais-je dû ne pas la rechercher aussi ardemment ? Mais vous comprenez, vous avez eu dix-sept ans, non ? Durant de nombreux mois, je courus la campagne pour retrouver cette belle jeune fille qui me transperça le cœur de ses yeux intensément bleus. Tant d’amour, tant d’excitation, tant de mystère né en un seul regard… Ce petit bout de femme, symbole pour moi (et pour mes compagnons aussi) de passion et d’aventure, était, croyais-je alors, mon seul espoir de renouer avec le bonheur. Ce fut la plus grande erreur de ma vie. Je l’aimais à outrance, je ne pouvais l’oublier. Le destin a toujours un temps d’avance sur vous, toujours. Mais cette longue quête, avec à mes côtés François et Frantz, représente pour moi la plus belle et la plus remarquable expérience de mon existence. L’amitié surpasse l’amour.

Cependant, jusque dans la mort, je continuerai de rêver au domaine perdu et à cette fête poétiquement mystérieuse qui ont fait briller chaque jour de ma destinée.

 

Augustin Meaulnes

 

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Élise 09/05/2015 13:43

Merci :) Alors je vois que mon but est atteint !

Brenda 09/05/2015 10:20

C'est génial, Elise, et très réaliste,on entend vraiment Augustin Meaulnes dans la lettre. Bravo :)