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Publié par Morgane

En lisant cette description de Paris que fait Balzac au tout début de son roman... :

"Les particularités de cette scène pleine d'observations et de couleurs locales ne peuvent être appréciées qu'entre les buttes de Montmartre et les hauteurs de Montrouge, dans cette illustre vallée de plâtras incessamment près de tomber et de ruisseaux noirs de boue ; vallée remplie de souffrances réelles, de joies souvent fausses, et si terriblement agitée qu'il faut je ne sais quoi d'exorbitant pour y produire une sensation de quelque durée. Cependant il s'y rencontre çà et là des douleurs que l'agglomération des vices et des vertus rend grandes et solennelles : à leur aspect, les égoïsmes, les intérêts, s'arrêtent et s'apitoient ; mais l'impression qu'ils en reçoivent est comme un fruit savoureux promptement dévoré."

...j'ai immédiatement songé à la description d'un autre lieu dans la littérature : la vallée de cendres, dans Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald.

 "About half way between West Egg and New York the motor road hastily joins the railroad and runs beside it for a quarter of a mile, so as to shrink away from a certain desolate area of land. This is a valley of ashes-a fantastic farm where ashes grow like wheat into ridges and hills and grotesque gardens; where ashes take the forms of houses and chimneys and rising smoke and, finally, with a transcendent effort, of men who move dimly and already crumbling through the powdery air. Occasionally a line of gray cars crawls along an invisible track, gives out a ghastly creak, and comes to rest, and immediately the ash-gray men swarm up with leaden spades and stir up an impenetrable cloud, which screens their obscure operations from your sight."

"About half way between West Egg and New York the motor road hastily joins the railroad and runs beside it for a quarter of a mile, so as to shrink away from a certain desolate area of land. This is a valley of ashes-a fantastic farm where ashes grow like wheat into ridges and hills and grotesque gardens; where ashes take the forms of houses and chimneys and rising smoke and, finally, with a transcendent effort, of men who move dimly and already crumbling through the powdery air. Occasionally a line of gray cars crawls along an invisible track, gives out a ghastly creak, and comes to rest, and immediately the ash-gray men swarm up with leaden spades and stir up an impenetrable cloud, which screens their obscure operations from your sight."

"À mi-chemin de West Egg et de New York, la route se rapproche soudain du chemin de fer qu’elle suit pendant un quart de mille, comme pour s’écarter d’un certain site plein de désolation. Il s’agit d’une vallée de cendres — fantastiques cultures où, comme le blé, les cendres poussent en ondulations, collines et grotesques jardins ; où les cendres assument la forme de maisons, de cheminées, de spirales de fumées et, en fin de compte, à la suite d’un effort transcendant, celles d’hommes gris de cendre, qui, à peine entrevus et tombant déjà en poussière, se meuvent dans l’air poudreux. De temps à autre, une file de wagonnets gris rampe sur d’invisibles rails, pousse un grincement spectral et s’arrête. Immédiatement, des hommes grisâtres, armés de pelles de plomb, s’affairent comme des fourmis, et soulèvent un nuage impénétrable qui dérobe à la vue la suite de leurs opérations."

Outre la ressemblance évidente entre ces deux descriptions (cf. "cette illustre vallée de plâtras incessamment près de tomber et de ruisseaux noirs de boue"), j'y vois la même symbolique. Ces vallée de cendres ou de ruisseaux noirs de boue incarnent toutes deux le même genre de situation : celle d'un monde où les pauvres gens survivent tant bien que mal, devant supporter l'oppression constante des riches, vivant dans une misère qui contraste avec le monde rafinée et élégant qui piaille et s'amuse à côté d'eux. Celle, ausi, d'un monde remplie de souffrances réelles, de joies souvent fausses, où l'hypocrisie et la cupidité règnent, où les apparences souvent trompeuses s'effritent parfois comme du plâtras avant de tomber en cendres.

 

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