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Publié par Cécile

Lecture cursive - La controverse de Valladolid

La Controverse de Valladolid se fonde sur la pièce de théâtre que tira tout d'abord Jean-Claude Carrière d'un événement historique bien connu.

 

Le roman conserve évidemment les mêmes personnages principaux. A savoir le dominicain Bartolomé de Las Casas, le théologien et philosophe Juan Ginés de Sepúlveda, et, entre eux, pour arbitrer leur « controverse », le légat du Pape Jules III, le cardinal Roncieri. Le thème de la controverse concerne l'existence ou non d'une âme chez les Indiens d'Amérique centrale et latine, terres nouvellement découvertes par Christophe Colomb pour le royaume d'Espagne. Las Casas, qui est allé sur ce continent et a pu observer les indigènes, défend l'idée que ces gens ont une âme aussi sensible que celles des Chrétiens et qu'il faut les traiter en conséquence, comme des créatures de Dieu, selon la célèbre parole du Christ : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'autrui te fasse. » Face à lui, Sepúlveda veut bien admettre, à la rigueur, l'existence de quelque chose qui ressemblerait effectivement à l'âme humaine chez les Amérindiens mais, pour lui, cette « âme » serait inférieure à l'âme des Chrétiens – les Catholiques en l'espèce – et, par conséquent, cette infériorité autoriserait les colons espagnols à traiter les Indiens comme des esclaves et des moins que rien. Il vient d'ailleurs d'écrire un ouvrage sur la question, ouvrage qui, à l'issue de la controverse, devrait recevoir (ou pas) l'accord de parution du Vatican. Ce qui explique la présence de Roncieri, ici appelé à trancher en toute impartialité après avoir entendu s'exprimer les deux parties. Roncieri se prononcera en faveur des Indiens mais, ce faisant, il donnera en quelque sorte carte blanche à tous ceux en Occident qui, déjà, à la suite des Arabo-musulmans, qui le pratiquaient depuis le VIIème siècle, recouraient à la traite des Noirs. Ceux-ci, plus résistants que les Indiens et certainement dénués d'âme – personne ne semble ici se poser la question sauf Las Casas et, curieusement, d'une certaine façon, Sepúlveda lui-même qui s'inquiète des dérives possibles – prendront donc, en qualité d'esclaves et de bêtes de somme, la place des indigènes des Amériques dans les mines et dans les champs.

 

Dans la droite lignée de l'Humanisme, les hommes ici présents s'interrogent sur la question primordiale : tous les hommes sont-ils égaux sur le plan spirituel ? Malheureusement, ils n'en sont pas encore, à quelques esprits particulièrement ouverts près, à se poser cette question pour les Noirs que la Bible elle-même fustige dans ses plus anciens Livres. En dépit de cette réserve, c'est là une idée qui ne serait pas venue, en tous cas aussi naturellement, aux gens des XIIIème et XIVème siècles. On voit bien que des penseurs comme Montaigne, Thomas More … sont passés par là et ont influencé jusqu'à la Très Catholique Espagne. Le fait est souligné par l'autorisation, accordée du bout des lèvres, par Charles-Quint, alors régnant, pour quelques expéditions qui ont déjà ramené des Noirs en Amérique. Ce monarque, pourtant réputé pour sa dureté de caractère, est donc lui aussi gêné aux entournures par cette question de l'âme, autant chez les Indiens que chez les Noirs. (Cette préoccupation est renforcée par le caractère du monarque qui, rappelons-le, abdiqua pour se retirer dans un monastère, fait plutôt rare chez un homme politique.)

 

Indiscutablement, malgré la décision fatale que va prendre l'Eglise catholique envers les Africains de race noire, la culture occidentale est en marche et prend conscience de réalités qui dépassent le matérialisme. La traite des Indiens, la traite des Noirs sont basées sur des réalités économiques, même si le mot nous choque. L'idée de s'intéresser à leur âme et à leurs cultures en se demandant si elles sont de même valeur que celles des Européens, bien qu'ici encore fragile et pour de longs siècles, symbolise néanmoins l'énorme pas en avant de la pensée spirituelle sous l'influence de ce phénomène qu'on a appelé l'Humanisme, phénomène dont on voit bien qu'il fait atrocement défaut de nos jours à certaines civilisations qui ne l'ont pas connu.

 

 

Source de la photo qui a servi au poster : Lycée Français Louis-Pasteur

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Commenter cet article

Léna Q 09/03/2015 14:57

Un poster plein d'humour Cécile, félicitations ! :)

Morgane 06/03/2015 16:28

Superbe poster, Cécile, il m'a bien fait rire, bravo !