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Publié par Morgane

Ce vendredi 9 janvier 2015,

nous avons eu la chance d'aller voir

l'adaptation de Lucrèce Borgia de Victor Hugo au Quartz.

 

La musique est un élément majeur du spectacle,

et trois chansons ont particulièrement retenu mon attention.

 

« My den is yours » de Butch McKoy

La voix belle plaintive aux accents folk de Butch McKoy nous accompagne tout le long du spectacle, avec sa guitare. Cette chanson est jouée très régulièrement, notamment lorsque les comédiens font bouger le décor. Le titre, tout d'abord, trouve une vraie résonnance dans la pièce : on peut en effet le traduire par "Mon antre est tienne". Le mot "antre" connote un lieu obscur et mystérieux, pernicieux et dangereux, inquiétant et animal, ce qui renvoie au palais des Borgia, dont la malsanité est évoquée en ces termes :

Voyez, messeigneurs, comme cetle place est 
déserte autour de nous. Le peuple ne s'aventure 
pas si près que nous du palais ducal ; il a peur 
que les poisons qui s'y élaborent jour et nuit ne 
transpirent à travers les murs. [Maffio, scène 3, partie II]

Le côté animal que l'on associe au mot "antre" renvoie aussi à la scène où Lucrèce fend l'eau à quatre pattes vers ses ennemis agonisants, avec une attitude féline de prédatrice. Elle les hume, leur inflige un "baiser de la mort", forte d'un côté animal renforcé par la lumière rouge et sombre.

"Mon antre est tienne" me fait ainsi penser à une réplique qu'aurait pu prononcer Lucrèce à destination de son fils Gennaro. On peut alors la comprendre ainsi : "Mon palais est tien" soit "Ma lignée est tienne" soit "Je suis ta mère ; tu es mon fils."

De plus, le cinquième couplet renvoie lui aussi à cette relation complexe qui unit Lucrèce et Gennaro, ainsi qu'aux sentients contradictoires qu'elle inspire.

" Euphoria sentences me to dull pain
Your pain, awfull
The angel is here
"

soit :

" L'euphorie me condamne à une douleur sourde
Ta douleur, terrible
L'ange est ici
"

L'euphorie dont il est question serait celle de Lucrèce, sa joie de rencontrer enfin son fils adoré. Pourtant, cette joie la condamne paradoxallement à souffrir : elle souffre d'abord de ne pas pouvoir révéler son identité à Gennaro, puis elle souffre d'être partiellement démasquée devant lui, que son nom lui soit craché au visage devant son fils. Enfin elle souffre du dégoût et de la haine farouche qu'elle inspire à Gennaro jusqu'à la fin, jusqu'à la terrible révélation de sa maternité. "Ta douleur, terrible" désignerait celle de Gennaro, qui est donc celle de Lucrèce. Et "l'ange" se rapporterait bien sûr au jeune homme, et à la vision qu'a sa mère de lui.

 

« The Curse » d'Agnes Obel

Cette chanson m'a particulièrement marquée car elle est véritablement sublime. La voix de la chanteuse a un timbre angélique et magnifique. Le titre est traduisible par "La Malédiction", comme celle qui semble peser sur Lucrèce, sur Gennaro, sur le clan des Borgia. Les deux dernières phrases du premier couplet me semblent intéressantes à analyser :

" Winter came and made it so all look alike, look alike
Underneath the grass would grow aiming at the sky
"

que l'on pourrait traduire par :

" L'hiver est venu et a tout fait si semblable, semblable
En dessous, l'herbe grandirait dirigée vers le ciel
"

L'hiver, connotant un froid glacial, peut être assimilé à cette étrange malédiction qui accable les Borgia ; il serait donc venu les rendre tous "si semblable(s)", faisant de tout les Borgia des assassins incapables d'échapper à leur destin. Et pourtant, il existe un Borgia qui a été élevé loin des siens, qui ignore jusqu'à son identité : Gennaro. L'herbe qui grandit vers le ciel serait donc celui-ci, représentant l'espoir qu'un Borgia soit un jour exenpte du moindre crime. Malheureusement, sa rencontre avec sa mère, Lucrèce, va précipiter son destin, montrant ainsi que nul Borgia ne peut se soustraire à la malédiction...

 

« I see fire » d'Ed Sheeran

Cette chanson magnifique n'est pas à proprement parler utilisée comme bande musicale du spectacle. Elle est chantée par l'un des acteurs lors de la scène des festivités chez la Negroni, peu de temps avant que les cinq jeunes hommes boivent le tristement célèbre et maléfique vin de Syracuse des Borgia, et n'expirent d'une lente et terrible agonie, empoisonnés. Les trois premières phrases du troisième couplet sont alors tragiquement prophétiques :

" And if we should die tonight
Then we should all die together
Raise a glass of wine for the last time
"

soit

" Et si nous devions mourir cette nuit
Alors nous devrions mourir tous ensemble
Lever nos verres de vin pour la dernière fois
"

Et bien c'est exactement ce qu'il se passe ensuite : les jeunes amis lèvent leurs bouteilles remplies du précieux breuvage (il faut croire qu'un verre était trop sage pour ces messieurs), boivent au goulot ledit vin d'une traite,  ...avant de se tordre, de se plier en deux, progressivementen prise à de douleurs convulsives et terribles. Ils chancèlent, tremblent, s'agitent dans la lumière rouge, cette lumière cramoisie qui donne à l'eau sombre dans laquelle ils gisent l'aspect d'un bain de sang, et à leurs râles épouvantés une fièvre ardente...

 
Prenez donc le temps d'écouter ces trois chansons,
elles sont véritablement magnifiques !

 

Si vous voulez en savoir plus sur les évènements décrits ici,

je vous renvoie au bel article de Brenda.

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