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Publié par Brenda

Voltaire / Rousseau 28 - Retournez paître !

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

(...)

 

VOLTAIRE : Je n'ai plus la force d'antan, mais cette vieillesse qui m'affaiblit est simplement le résultat d'une longue existence. Et les nombreuses années que j'ai vécues m'ont permis d'acquérir une sagesse que l'impétueuse jeunesse n'a pas. Je peux donc me permettre de vous contredire. Vous glorifiez un idéal de vie où tout serait dégradé : en effet, un homme, sans les bains, les soupers ou le confort arborerait figure bien insatisfaisante. Il serait alors diminué. Pouvez-vous imaginer un homme avili vivre une romance avec une femme tout aussi dépréciée ? Vous donneriez par conséquent un visage bien peu reluisant à l'amour.

 

ROUSSEAU  (la réplique est prononcée crescendo, avec de plus en plus de force, de passion, de conviction): Bien au contraire ! Les vrais plaisirs de l'humanité, les plus purs et les plus délicieux ne se préoccupent pas d'un prétendu « avilissement » ! Je sais que vous aimez le luxe, mais un homme ne risque-t-il pas de perdre ses valeurs à trop vouloir se perdre dans la futilité ?

 

VOLTAIRE : … Non.

 

ROUSSEAU : Comment ?

 

VOLTAIRE: Le futile est l'ornement d'une vie honnête et respectable.

 

ROUSSEAU : Il n'est qu'excès tandis que la nature n'est que modération.

 

VOLTAIRE : Vous vous perdez dans des raisonnements faiblards, insensés et vous gâchez mon précieux temps.

 

(Rousseau toujours debout, fulmine.)

 

ROUSSEAU : Vous n'êtes qu'un vieillard inepte, buté qui ne cherche pas à progresser et persiste dans des réflexions étroites !

 

VOLTAIRE : Mes étroitesses d'esprit m'ont mené auprès des plus grands et m'ont valu l'admiration de tous.

 

ROUSSEAU : L'admiration de tous ? L'âge vous rend plus présomptueux que jamais !

 

VOLTAIRE : Esbroufez tant que vous voulez mais j'ai l'admiration d'une foule de créatures. La vôtre également, il fut un temps où vous me soumettiez vos écrits, pauvre séide tourmenté.

 

ROUSSEAU : La jeunesse, bien trop souvent, place son respect en de mauvaises personnes. Cet après-midi est l'exemple même que la société actuelle ne peut rendre un homme heureux.

 

VOLTAIRE : Retournez donc paître dans votre nature chérie et laissez aux grands esprits la tâche de penser. Je ne vous raccompagne pas.

 

(Rousseau quitte la scène en trois grandes enjambées coléreuses, reste Voltaire, fièrement assis sur sa chaise prenant alors des allures de trône. Le rideau se ferme sur le sourire triomphant du philosophe victorieux.)

 

 

 

 

Voltaire / Rousseau 28 - Retournez paître !
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