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Publié par Justine

Voltaire / Rousseau 23 - Serviteurs

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND


(...)

 

Rousseau (perplexe) : Un honnête homme ne doit pas obligatoirement avoir tant de bagatelles. S'il possède le minimum alors, oui, il possédera déjà tout.

 

Voltaire : Ne restez pas dans le « bon vieux temps », à force vous deviendrez ignorant ! Le vrai savoir est le fait d'apprécier les bonnes choses et de se faire plaisir par des choses luxueuses. Tenez, comment faites-vous quand vous désirez manger ? Pour ma part je m'offre un délicieux dîner digne de ce nom, entouré de mes serviteurs, et vous alors, mangez-vous seul, dehors, tel un bovin d'ancienne province ?

 

Rousseau (n'appréciant pas cette boutade, se lève) : Ne poussez pas cette farce trop loin ! Je mange comme n'importe quelle personne, mais je ne trouve pas le besoin de me faire servir par une dizaine de serviteurs pour cela. Selon moi, la servitude ne doit pas se lier au bonheur. Seuls, nous pouvons nous approprier notre part de bonheur. Pour m'aider, je n'ai que ma charmante servante et cela me suffit !

 

Voltaire : Asseyez-vous, je vous prie… J'exposais juste mon point de vue en donnant un exemple futile. Nous autres, philosophes accomplis, découvrons chaque jour des nouveautés qui nous font devenir meilleurs et nous offrent une satisfaction qui confine au bonheur. Quant à votre point de vue sur la simplicité, je ne vous comprends pas. Renieriez-vous les progrès de notre génération ?

 

Rousseau (se rasseoit vivement) : Que nenni ! Notre époque, grâce aux progrès, satisfait les besoins vitaux mais crée plus de désirs. Si ces désirs ne sont pas satisfaits pour tous, alors où est le bonheur ? Il me semble qu'il ne suffit pas de posséder ce dont on a envie pour être pleinement heureux mais d'apprécier les choses dont on dispose. Ce que je veux dire par là, c'est que toutes vos babioles, qui sont d'une beauté très artistique soit dit en passant, sont appréciables chez vous et non chez moi. Je ne profite du progrès que lorsqu'il n'est pas en ma possession. Cette façon de les apprécier rend leur aspect encore plus grandiose.

 

Voltaire (étourdi et étonné par cette explication) : Si je comprends bien, selon vous le luxe n'est que regardable et non profitable ? Eh bien, je vais sûrement vous décevoir mais vous vous trompez ! Les objets luxueux sont la parfaite allégorie du bonheur, car sans eux, nous ne serions rien !

 

Rousseau (se relève afin de faire porter sa voix) : Rien ? Je vis très bien sans, alors ne me considérez pas comme quelqu'un d'ignorant et inutile ! Si je n'étais vraiment rien, pourquoi m'avez vous accueilli sans discuter chez vous ?

 

Voltaire (abasourdi, ne sachant que répondre) : Et bien … hum... oui en effet ... enfin non. Et puis, vous n'avez pas à me parler de cette façon ! Je vous fais l'honneur de vous recevoir ici, dans mon château de Fernay et vous osez m'attaquer ainsi. Votre soi-disant bonheur vous monte à la tête !

 

(Rousseau marche en direction de Voltaire, le regarde fixement, ne dit rien. Un serviteur rentre, contemple la scène puis repart. La tension est palpable sur la scène. Voltaire toussote, Rousseau se retourne vers sa chaise puis s'asseoit.)

 

A SUIVRE

 

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