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Publié par Cécile

Question - Stéphane Korvin

Je me posais une question au sujet d'un mot dans le recueil Percolamour. A la page 88 de ce dernier, ceci m'a interpellée : « saeta, satori ».

 

« Satori » ? L'assemblage de ces mots m'a étonnée. En effet, pour moi, « saeta » est un mot latin dont la signification première est « crinière de cheval. » « Satori » par contre , est un mot japonais, et pas n'importe quel mot.

 

Selon la façon dont il s'écrit, « satori » peut désigner soit l'éveil bouddhique (= l'illumination), soit une créature du folklore japonais capable de lire les pensés des humains.

 

Sachant cela, je ne suis pas sûre de saisir ce que ce mot fait dans le poème, à moins que vous n'ayez voulu jouer sur les assonances possibles.

 

J'aimerais beaucoup savoir ce que vous aviez l'intention de faire avec ce mot et, si je me trompe sur l'origine de ce mot dans le poème, serait-il possible que vous éclairiez ma lanterne de papier ?

 

Cordialement.

 

 

Source de l'image : Wikipédia anglais

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korvin 24/03/2015 17:58

Chère Cécile,
J'ai découvert il y a peu ce site et le travail que vous faites actuellement sur percolamour et les autres livres que vous avez choisis cette année. Je suis tout à fait touché par cette démarche et joyeux aussi. Je serais ravi de pouvoir vous envoyer à vous et à votre classe la note d'intention que j'avais écrite pour mon éditeur à l'occasion de la sortie du livre et qui explique je crois un peu plus ma démarche. Il y a beaucoup de voix qui parcourent ce livre et qui rayent la page, il me semble que vous avez aussi perçu la tentative musicale qui essaie de faire tenir ces voix, essayant par la même de sauver le sens (de l’écrit, de l’histoire d’amour qui se trame au-dessous), et assure une traversée dans cette fragmentation du poème et de son narrateur. Pour répondre très précisément à votre question : saeta fait référence à la flèche mais surtout à la trompette déchirante de miles davis dans le morceau du même nom et satori au livre de Kerouac : Satori à Paris. Alors pourquoi ces deux termes ici ? Il y a à la fin du livre un resserrement qui essaie d'échapper à la fixité : la fin - l'épissure du centre raconte justement cela (même dans son nom ; le centre, le point, épissure : une façon de repiquer le centre, de l’épuise) il y a aussi un épuisement d'être à deux, une conscience que la fin se/nous déchire, dans un resserrement du langage, une accélération des voix qui traversent le corps de la page, annonçant aussi sa chute, il y a une sorte de fixité rétinienne, dans tout trauma, l’œil se souvient de certains plis d’objets (plus souvent que des visages d’ailleurs – je m’égare mais c’est pour cela souvent que l’on constate des écarts si importants dans la description d’un visage entraperçu mais que l’on s’accorde sur un pli que faisait alors le pantalon). Il y a avait donc un souvenir dans un espace clos qui était un espace de fin d’histoire, ce disc de miles davis (sketches of spain) tant écouté et ce livre talisman, côte à côte, dans mon esprit aussi une idée de la mise à mort du taureau et ce livre d’une immense solitude poétique qu’est satori. Parfois les mots, les objets, prennent valeur de douleur, nous en faisons tous l’expérience. Ces deux mots racontent donc une douleur, un simple alignement du temps, deux objets côte à côte, comme aussi deux personnes face à face, une posture frêle, une ossature, puisque qu’ils sont amputés (c’est pour cela d’ailleurs que leur sens/leur référence vous échappe, ils ne sont pas cités intégralement…), une forme de relique, puisque l’amour invente ses propres mythes, et les déchoue ensuite. Saeta, satori c’est l’objet rétinien du décor qui a pris sur lui la douleur qui est en train de se jouer : la trompette de miles qui joue la mélodie déchirante du paso (nom que reçoivent les statues qui défilent durant la semaine sainte / wiki) en satori (dans la solitude de l’alcool de Kerouac en Bretagne à la recherche d’une origine).
Evidemment je découvre cela en même temps que vous, quelques années plus tard.
Bien à vous. Amicalement,
Stéphane Korvin

Cécile 13/04/2015 16:43

Merci beaucoup d'avoir répondu à ma question M. Korvin. =) J'avoue mieux comprendre le contexte.

i-voix 24/03/2015 20:45

Merci beaucoup pour ces passionnants éclairages !