Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par Cécile

Voltaire / Rousseau 6 - Petite gloriole ?

 

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

(...)

 

VOLTAIRE : Tristes promenades, dites-vous ? Je croyais pourtant avoir saisi que vous n'aimiez rien tant que vous promener par les fleurs et les champs ? … N'est-ce point là votre conception du bonheur ? …

 

(Rousseau prend une mine peinée.)

 

ROUSSEAU : Ah ! Monsieur, et notre chef à tous, à nous, esprits pensants de ce siècle si mondain, je ne vous cacherai point la déception que me causent ces phrases si hâtives. Vous ne devriez point juger sur les apparences – même si je suis habitué à pareil traitement. Certes, j'aime les champs, l'humble vie rurale, les fleurs sauvages, la tranquillité du crépuscule à la campagne, dans ma modeste petite maison. Mais n'est-ce point avant tout parce que j'y suis à l'abri des méchancetés du monde , moi que vous savez si fragile et si émotif ? … (Petit sourire misérable) … Ce monde qu'au contraire, vous connaissez et affrontez si bien ?

 

VOLTAIRE (qui commence à s'énerver.) : Allons donc ! De quelles méchancetés parlez-vous encore ? Le nom de Rousseau court sur toutes les lèvres à Paris. On ne parle que de la justesse de votre Bon Sauvage et de l'élévation de votre pensée ! … Et votre traité sur l'Education – sur lequel il y aurait beaucoup à dire ...

 

ROUSSEAU (le coupant mais toujours humble et matois) : Je ne dis pas, bien sûr, que je ne savoure pas, quelquefois, la petite gloriole qu'ont répandue sur le modeste auteur que je suis certains de mes écrits … Mais l'on se moque, aussi, cher ami et maître, de ce que l'on nomme ma misanthropie sous prétexte que je ne trouve de véritable bonheur que dans la solitude de la Nature, que je peuple en rêve de personnages selon mon cœur … On me dit utopiste et trop rêveur … Vous ne sauriez combien cela me navre …

 

VOLTAIRE (qui se retient en tapotant légèrement du pied droit) : Tout bonheur est imparfait, mon cher Rousseau. C'est comme les fruits de votre Nature tant aimée : ils portent trop souvent leur ver à l'intérieur. Mais aussi, vous vous compliquez la vie ! Je l'ai dit et écrit bien souvent : « Le paradis terrestre est où je suis ». Et si je voulais me résumer, « Carpe diem », comme le proclamaient les Anciens. Oui, profitons – profitez, vous ! - du jour qui est là ! Cessez de vous poser des questions sur les raisons qui font que tel ou tel est en désaccord avec vous et vous verrez : vous ne serez plus blessé par la flèche de l'envieux.

 

ROUSSEAU (avec un grand soupir un tantinet hypocrite) : C'est que vous êtes si mondain, maître ! Vous ne sauriez vivre, vous, à la campagne et dans la solitude. Il vous faut du mouvement, de l'agitation, des applaudissements et j'irais jusqu'à dire des critiques autour de vous ! Cela vous fortifie, vous grandit en puissance. Oui, vous aimez le monde. Le monde, ses plaisirs et ses silhouettes constituent votre bonheur à vous. Alors qu'ils me font horreur, à moi.

 

VOLTAIRE (Il va pour dire quelque chose, s'abstient, puis se lance et, grinçant) : Il faut de tout pour faire un monde, mon cher ami et disciple. Ceux qui, comme moi, trouvent leur bonheur dans le monde ont au moins cet avantage de permettre à ceux qui le trouvent dans la simple Nature d'écrire et de critiquer en tous sens. Ce qui ne saurait manquer soit de lasser, soit d'amuser le lecteur. Ainsi, vous comme moi, participons au bonheur d'autrui. N'est-ce pas ce que nous recherchons, tant l'un que l'autre ? ...

 

 

 

Voltaire / Rousseau 6 - Petite gloriole ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article