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Publié par Léna Q.

Voltaire / Rousseau 4 - Capitonner la vie ?

 

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

(...)

 

ROUSSEAU (Rousseau s’asseoit, déjà mal à l’aise avant même d’avoir posé sa question) : Hélas, cela fait de bien longues années que nous ne nous sommes point côtoyés. Et, il y a peu, il s’avère que j’ai lu votre poème, « Le Mondain ». Je ne voulais point vous signifier mon point de vue par écrit ; j’ai donc décidé de vous rendre visite. A travers ce poème que vous avez écrit, je me suis aperçu, à mon grand étonnement, que nous n’avions absolument point la même vision du bonheur. Non pas que, vos propos me semblent déroutants mais… Seulement voilà, pouvez-vous m’expliquez une chose ?

 

VOLTAIRE (lui adressant un sourire sarcastique) : Il est vrai qu’il y a beau temps que je ne vous ai point coudoyé. Quel enchantement que vous m’ayez rendu visite. Je crains n’avoir peu de temps à vous consacrer pour dialoguer en votre compagnie. Cela dit, je suis à votre écoute, mon cher ami.

 

ROUSSEAU (embarrassé de déranger Voltaire, craintif de la réponse à venir) : J’espère que cela ne vous pose aucun inconvénient. Quelle serait, selon vous, une vie parfaite ?

 

VOLTAIRE (avec un air prétentieux) : Vous ne me dérangez absolument pas, ne vous mettez point dans des transes épouvantables. Une vie parfaite ? Bien entendu, ma vie est déjà parfaite et çe, tout le restant de mes jours. Et je suis sûr que vous auriez rêvé d’une vie comme la mienne, soit le bonheur que vous n’avez jamais connu, n’est-il point ?

 

ROUSSEAU  (furieux) : Qu’entendez-vous par « le bonheur que vous n’avez jamais connu » ? Insinuez-vous, que moi, Rousseau, je n’ai jamais connu le bonheur ?

 

VOLTAIRE (d’un air impavide, avec un sourire en coin que visiblement Rousseau n’a pas remarqué) : Vous faites preuve d’énormément d’intelligence, mon cher. A vrai dire, vous n’êtes point une lumière. Mais il est vrai que le luxe, l’or de la terre, les trésors de l’onde et autres petits plaisirs de l’humanité sont bannis de votre vocabulaire. Je dirais même plus, de votre existence.

 

(...)

 

ROUSSEAU (flatté) : Mon ami, vous avez une vision qui, certes, n’est pas exactement celle dont je rêve, mais vous l’évoquez avec tellement de grâce ! Cela dit, je tolère parfaitement ce que vous dites. Voyez-vous, le bonheur n'est point le fait d’organiser, d’enrichir, de dorer, ou de capitonner la vie, mais de savoir la savourer à chaque instant.

 

(...)

 

ROUSSEAU (avec solennité) : La nature est déjà quelque chose de précieux. Je ne peux pas admettre une telle incompréhension envers la nature. C’est elle qui nous a créés, nous devons donc la respecter, nous devons la remercier. Nous sommes dans le devoir de la sublimer, non de l’abaisser. La Nature, ne point l’oublier, ce ne peut-être que notre bonheur, c’est notre jardin d’Eden.

 

VOLTAIRE (abasourdi, avec véhémence) : Le Jardin d’Eden ! Adam et Eve vivaient dans l’ignorance, ne connaissaient point l’or et la soie. Et pourtant ! Eve n’a-t-elle point voulu aussi accéder au superflu, à cette pomme interdite ? Le paradis terrestre est où je suis. Ne retardez point le vôtre, je suis certain qu’il coule auprès de vous.

 

ROUSSEAU (déstabilisé) : Nous pourrions débattre ainsi sempiternellement... Mais vous réfutez tous mes arguments. Fi monsieur, brisons-la, je vous quitte séant et ne vous salue point.

 

VOLTAIRE (sûr de lui, avec satisfaction) : Eh bien, vous pouvez disposer. Rien ni personne ne pourra me faire changer d’avis, j’espère en tout cas avoir changé le vôtre. Encore moins quelqu’un de votre espèce. Vous n’avez désormais plus rien à faire ici, j’en ai assez entendu. Vous êtes encore plus sot que vous n’en n’avez l’air...

 

Voltaire / Rousseau 4 - Capitonner la vie ?
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