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Publié par Marion

Voltaire / Rousseau 19 - Moi seul

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

(...)

 

ROUSSEAU : En effet, ce qui participe à me rendre heureux, ce sont ces jours rapides mais délicieux que je passe avec moi seul, avec le peu de personnes qui m'entourent, faisant en sorte que ni lettres ni visites n'en viennent troubler le charme. Je peux vous assurer, Monsieur, que lorsque vous vous retrouvez maître de vous-même dans un lieu dit « sauvage » de la forêt, dont l'air est d'une pureté sans nom et que vous êtes entouré de végétations, un endroit où il n'y a guère de signes annonçant la servitude et la domination, vous ne pouvez que vous sentir entier et en accord avec vous-même.

 

VOLTAIRE (écarquillant les yeux): Comment pouvez-vous prétendre être heureux alors que vous vous réduisez à occuper vos journées de la manière la plus solitaire qui soit. Regrettera qui veut le bon vieux temps, mais je ne vois pas en quoi vivre dans l'ignorance du monde contribuera à vous rendre heureux. Je suis de ces personnes qui aiment le luxe, qui ne s'en cachent pas et qui chaque jour rendent grâce à la nature sage qui, pour mon bien, nous a fait naître en cet âge !

 

ROUSSEAU (essayant de ne pas hurler): Le monde dans lequel vous vivez n'est que superficialité, artifices et autres grotesqueries !

 

VOLTAIRE (esquissant un sourire) : Vous devriez savoir, mon cher ami, que le superflu est une chose très nécessaire.

 

ROUSSEAU : Foutaises ! Les vrais plaisirs de l’humanité, plaisirs si délicieux, si purs résident dans les choses les plus simples. Un endroit d'une naturelle beauté, où chasser bien loin de soi l'opinion et les préjugés, où juste profiter du spectacle qui est offert à vos yeux, où vous livrer aux sentiments exquis dont votre âme est pleine. Une existence en harmonie avec la nature, voilà où se trouve le vrai bonheur.

 

VOLTAIRE : Comment pouvez-vous faire l'éloge du temps où nos ancêtres ne vivaient que dans l'ignorance, ne connaissant rien ni du tien ni du mien ? Faire l'éloge d'une époque où ils n'avaient rien et vivaient nus ? Faire l'éloge d'une société manquant de l'industrie et de l'aisance ? Ils n'ont rien connu des bienfaits collectifs qu'apportent la civilisation et le luxe, ils ne savaient pas ce que signifiairnt la propreté où le goûts. Et tout le monde pourra vous l'attester : sans propreté, même l'amour le plus heureux est un besoin des plus honteux !

 

ROUSSEAU (d'une voix un peu plus calme) : Et bien, je peux vous retourner les même questions, mon cher ami : comment pouvez-vous faire l'éloge d'une société dans laquelle le goût des sciences et des arts ne fait qu'augmenter le vice d'un peuple ? Une société dont les progrès humains, de l'esprit, ainsi que ceux de la connaissance ne font qu'amplifier notre orgueil et multiplier nos égarements ? Un société pervertie par tout ce qu'elle connaît, ce qu'elle a créée et qui ne fait qu'accélérer nos malheurs ?

 

(...)

Voltaire / Rousseau 19 - Moi seul
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