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Publié par Hannah

Voltaire / Rousseau 17 - Champagne !

 

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

Voltaire (soupire d’un air rêveur) : Eh bien moi, monsieur, je suis bien plus heureux aujourd’hui que je ne l’étais à huit ans, et je le serais bien plus encore avec plus d’argent. Voyez-vous je suis éduqué et mon esprit m’a rendu célèbre dans toute l’Europe. Ah ! Quel délice de manger des huîtres et de boire du champagne glacé au mois de juillet, et ce, au milieu de la compagnie la plus charmante et raffinée. Tout ce luxe superflu mais dont nous avons tant besoin, l’argent que nous possédons, les loisirs et les plaisirs, le souper et ses brillants services, ces ragoûts qui n’existent que dans notre société. C’est le progrès, mon ami, vive le progrès !

 

Rousseau (d’un ton accusateur): Ah oui, parlons-en, du luxe et du progrès ! Le luxe n’est que du superflu, je m’en passe très bien. Quant au progrès, il a augmenté la richesse des uns et a fait le malheur des autres. Il ne sert qu’à attiser les désirs, on veut plus, tout le temps, on veut posséder ce que l’on devrait partager. Le vrai luxe ce trouve dans la nature et mes rêveries de promeneur solitaire suffisent pour me faire sentir avec plaisir mon existence.  Le véritable luxe c’est celui qui se trouve dans votre vase, Monsieur.

 

Voltaire  (laisse un temps puis reprend): De simples fleurs ?

 

Rousseau (Il se lève, s’approche de la fenêtre et pointe du doigt le jardin): Ce ne sont pas que de simples fleurs. L’or des genêts et la pourpre des bruyères ne vous frappent-ils pas les yeux ?

 

Voltaire  : Appelez-vous cela du luxe que d’avoir des fleurs des champs sous votre toit ?

 

Rousseau(jette un dernier coup d’œil avant de revenir s’asseoir avec un soupir heureux): C’est de pouvoir les observer qu’est le luxe. Ne vous levez-vous pas le matin, à l’aube, pour voir le soleil se lever dans votre jardin si admirablement entretenu, en vous disant : « Maintenant je commence une belle journée. »

 

Voltaire (avec une voix chevrotante) : Il n’y a que vous pour faire ça, vous savez, je suis accablé de maladies qui me retiennent auprès du plus grand médecin de l’Europe, ce n’est pas pour aller me réveiller les pieds gelés. Le bonheur est de pouvoir se lever le matin sans attraper une pneumonie, mon cher, et non de retourner à l’état de nature, ce grand âge où tout le monde s’endormait sur la dure au lieu d’un lit bien chaud.

 

Rousseau : Je compâtis, Monsieur, mais vous ne souffrez de rien que la vie en plein air ne saurait guérir. C’est seul, face à l’immensité de la nature, que l’on peut s’interroger sur le sens de notre existence. Au sein de la nature, personne ne me contraint, je suis libre de penser ce que je veux.

 

Voltaire (pointe Rousseau de sa canne) : Ah, la liberté de penser, parlons-en, à vous entendre, il faudrait marcher à quatre pattes pour pouvoir penser ! Ah, il est beau, l’état de nature, les pieds gelés, le ventre creux ! La liberté d’esprit est inséparable de l’aisance matérielle, cher Rousseau.

 

Rousseau : Ah, Monsieur, vous n’êtes heureux qu’au milieu de l’abondance. Je vois bien que vous avez perdu de vue l’essentiel. Bien sûr de votre immortalité, vous philosophez sur la nature de l’âme alors que la vôtre est créée de toutes parts par la société. Vous êtes malheureux, alors que moi, je médite avec plaisir dans ma retraite et je trouve que tout est bien.

 

Voltaire (d’un air sarcastique) : Vous voilà paisible, maintenant ? Votre définition du bonheur semble varier selon vos états d’âme. Je ne vous comprends pas, Monsieur. D’ailleurs, vous me fatiguez et je laisse ces discussions à ceux qui en sont plus dignes que vous et moi.

 

Rousseau (amer) : Je vois bien qu’il est impossible de discuter avec vous car vous ne souhaitez entendre que ce qui vous plaît. Pardonnez-moi, grand homme. A Dieu ne plaise que je veuille offenser celui de mes contemporains dont j’honore le plus les talents. Je vous remercie de m’avoir accordé cet entretien.

 

(Rousseau se lève, s’approche de Voltaire et s’incline.)

 

Voltaire : Eh bien, mon cher ami, je vous souhaite le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

 

(Il raccompagne Rousseau à la porte. Rousseau s’en va, Voltaire ferme la porte et pousse un grand soupir.)

 

Voltaire : Cet homme est fou, pourvu que je n’entende plus jamais parler de lui.

 

Voltaire / Rousseau 17 - Champagne !
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