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Publié par Hannah

Voltaire / Rousseau 16 - Sornettes ?

 

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

Voltaire (l’invitant à s’asseoir sur une chaise) : Asseyez-vous ! Ou bien préférez-vous rester assis par terre ? A quatre pattes ?

 

Rousseau (s’asseoit) : Merci bien, je préfère un siège.

 

Voltaire (prend place en face de Rousseau) : Eh bien mon cher Rousseau que venez-vous faire chez moi ?

 

Rousseau (s’éclaircit  la voix) : Monsieur… Je vais vous paraître bien importun mais il me semble que les débats ont alimenté votre vie, je souhaite donc discuter de nos deux visions du monde sûrement distinctes, autour de n’importe quel sujet, cela ne saurait qu’enrichir ma perception. Vous êtes, Monsieur, un exemple, que dis-je, un modèle pour nous tous, êtres méprisables que nous sommes.

  

Voltaire : Je vous remercie, cher ami, je suis très touché par vos propos. (Voltaire se passe la main dans lses cheveux en faisant bouger un peu sa perruque.).  Mais enfin, je n’aurais pas la prétention de me poser en modèle ! (Il sourit d’un air matois.)

 

Rousseau : Oh, cher maître, je vous en prie : j’arrive à pied depuis Paris, ou presque. J’ai traversé des montagnes, vaincu mille difficultés pour vous rejoindre et vous entendre me parler de l’homme.

 

Voltaire (lève un sourcil) : de l’homme ?

 

Rousseau (se penche un peu et  agite les mains pour expliquer son idée) : De l’homme, oui, car je vous ai souvent lu, montrant combien l’homme pouvait être malheureux, victime de sa destinée mais en fait, corrompu par le progrès.

 

Voltaire (se redresse et tape le sol de sa canne) : Monsieur, je vous arrête tout de suite – sornettes que ceci ! Je ne puis avoir une conversation sensée avec un homme qui interprète mes propos selon ce qu’il souhaite y voir.

 

Rousseau (se redressant sur sa chaise)  : Enfin Monsieur vous m’étonnez, qu’il s’agisse de Zadig ou bien des hommes, nos frères, le malheur est souvent le produit de la société. Nous sommes pourris par l’artifice, par le progrès.

 

Voltaire (se levant et parlant avec de grands gestes) : Le progrès ? Le progrès ? Mais nous en avons besoin ! Est-il heureux, celui qui, chaque jour, lutte pour survivre ? Est-il libre, celui qui ne dort pas la nuit, le ventre creux et les pieds gelés ?

 

Rousseau (croisant les jambes): Allons donc, c’est l’ignorance, l’innocence et la pauvreté, qui sont les seuls biens qui puissent faire notre bonheur. L’homme est naturellement bon, c’est la civilisation qui le détruit.

 

Voltaire (regarde ses pieds puis se passe la main sur les yeux) : Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, il ne comprend rien !

 

Rousseau (se crispe, indigné, il pose sa main sur son cœur) : Monsieur, je vous en prie ! Vous voyez bien que la civilisation gâte la simplicité naturelle par son artifice : le goût est faussé, la générosité réduite, l’amour, l’empathie ne sont plus qu’affaire d’intérêt. La civilisation n’est que perversion.

 

Voltaire (d’un ton magistral et posé) : Tous les hommes qu’on a découverts dans les pays les plus incultes et les plus affreux vivent en société comme les castors, les fourmis, les abeilles et plusieurs autres espèces d’animaux. Loin que le besoin de la société ait dégradé l’homme, c’est l’éloignement de la société qui le dégrade.

 

Rousseau : Alors, comment expliquez-vous que lorsqu’un enfant naît, il soit naturellement bon et que, bien des années plus tard, il finisse en prison ? L’éducation donnée par la société corrompt notre jugement au lieu de préserver nos qualités. Tiens, c'est une idée, je devrais écrire un traité sur l’éducation (il sort son petit carnet et note).

 

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