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Publié par Logan

Voltaire / Rousseau 15 - Bon vent !

 

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

VOLTAIRE : Asseyez vous ! Je vous en prie.. Vous avez fait bon voyage ?

 

ROUSSEAU : Et bien peu importe.. Je..

 

(Voltaire coupe Rousseau, il agite les bras.)

 

VOLTAIRE (insistant) : Mais je m'en soucie mon cher ami.. ! Avez vous fait bon voyage ?

 

ROUSSEAU : Et bien si vous y tenez vraiment, oui j'ai fait bon voyage..

 

VOLTAIRE : Et bien ce n'est pas si dur que cela, voyez !

 

ROUSSEAU (laissant paraître un sourire gêné)  : A force de ne voir personne j'en perd mes manières, vous m'en excuserez..

 

VOLTAIRE : N'aviez vous pas de monde à voir ?

 

ROUSSEAU : Si, mais je ne souhaitais voir personne. J'avais besoin d’être seul, vous savez en ce moment j'écris un...

 

VOLTAIRE (intrigué) : Quel souhait insolite que celui de rester seul ! La solitude entraîne la dépression et l’égarement vous savez...

 

ROUSSEAU (prenant un air déconcertant) : Avec tout le respect que j'ai à votre égard, je ne suis pas d'accord avec vos dires.. La solitude est un plaisir qu'aucun autre n'égale...

 

VOLTAIRE : Et bien voilà un plaisir étonnant... La solitude peut faire perdre la raison à un homme, et quoi de plus important que la raison, c'est elle qui guide nos choix et apporte le progrès !

 

ROUSSEAU : La raison... Est-ce celle-ci qui vous pousse à vous montrer arrogant de la sorte ?

 

VOLTAIRE : Le jugement que vous portez à mon égard est désolant, je crois que vous vous méprenez sérieusement sur moi.

 

ROUSSEAU : Vous l’êtes, arrogant. Vous savez ce que l'on dit sur vous, vous n’êtes pas vraiment apprécié de tout le monde...

 

VOLTAIRE (avec un ton décomplexé) : Et bien l'on ne peut plaire à tout le monde mon ami ! Vous savez ce que pensent certains philosophes à votre sujet également, vos idées sont excentriques, méprisables, voire déséquilibrées...

 

ROUSSEAU : Vous pourriez tout de même vous montrer un peu plus respectueux envers mon travail ! Vous méjugez mes idées...

 

VOLTAIRE : Votre travail est intéressant... mais seulement dans l'atticisme qui y repose, le reste n'est, à mes yeux, que pur abrutissement !

 

(Rousseau ne répond pas. Un silence pesant s'installe. Les deux personnages s’évitent du regard.)

 

VOLTAIRE : Il va falloir que vous m'expliquiez en quoi serait bénéfique ce retour chez les sauvages que vous désirez tant, mon cher ami...

 

(l'ambiance est pesante. Voltaire fixe Rousseau qui fait des va et vient dans la pièce.)

 

ROUSSEAU : Vous ne semblez pas avoir totalement compris mes idées... Vous le savez autant que moi, un retour en arrière n'est absolument pas possible, les hommes d'aujourd'hui sont bien trop corrompus et bêtes pour que cela soit réalisable...

 

(Voltaire fixe Rousseau d'un air curieux)

 

VOLTAIRE : Mais vous le souhaitez, n'est-ce pas ?

 

ROUSSEAU : Ce n'est pas que je le souhaite, mais je pense que les hommes étaient plus heureux à cette époque...

 

VOLTAIRE : Heureux... Votre conception du bonheur m’échappe, les hommes de l'ancien temps ne parlaient pas, étaient incultes et barbares, quel bonheur voulez-vous trouver parmi ces sauvages ?

 

(la tension redescend. Les deux hommes se regardent de nouveau. Rousseau s'est arrêté de marcher et se tient debout face au seul miroir de la pièce luxueusement.ornementé.)

 

ROUSSEAU : Les homme autrefois étaient bons, et exempts d'hypocrisie et de superficialité. Non ils ne parlaient pas mais restaient seuls, donc à quoi pouvait bien leur servir la parole ?

 

VOLTAIRE : Seul.. Nous y revoilà ! Un homme seul est un homme bête...

 

ROUSSEAU : Un homme seul est un homme heureux, car il est maître de lui même, maître de son propre destin...

 

VOLTAIRE : Mais nous le sommes aussi, maîtres de notre destin !

 

ROUSSEAU : Je crois bien que non nous ne le sommes pas, si nous l’étions tous alors il n'y aurait plus de hiérarchie, les hommes seraient égaux et libres. Les hommes de l'ancien temps eux étaient égaux...

 

VOLTAIRE : Mais ils étaient incultes ! Seul, que peut on apprendre ?

 

ROUSSEAU : Non ils n’étaient pas cultivés mais je ne pense pas que la culture leur aurait été indispensable dans leur vie solitaire... Puis la culture corrompt les hommes, elle les rend dangereusement vils.

 

VOLTAIRE: Être cultivé, c'est apprendre de l'autre, s'enrichir intellectuellement grâce aux autres hommes... La culture est essentielle pour le bien être de l'homme.

 

ROUSSEAU:La culture participe à l’éloignement de l'homme par rapport à la simplicité, elle entraîne l’orgueil, la satisfaction du paraître, qu'est ce que l'homme actuel deviendrait démuni de ses richesses ?

 

(...)

 

ROUSSEAU : Il est évident que nous ne partageons pas la même conception du bonheur, vous et moi, là ou vous trouvez du bonheur, je trouve de la dépravation, de la débauche, de la perversion, de la corruption...

 

VOLTAIRE : Et là ou vous trouvez du bonheur je trouve de la bêtise, de la démence, de l'incohérence, de la déviation !

 

ROUSSEAU : Et bien trouver son bonheur dans la nature.. une déviance ?! Vous ne cesserez point de me surprendre !

 

VOLTAIRE : Et vous donc ! La solitude ne vous réussit pas à vous, mon ami ! Allez voir un médecin ou je ne sais quoi ! La médecine pourrait peut-être vous réconcilier avec le progrès !

 

ROUSSEAU : Je n'aime pas le ton que vous employez envers moi, je ne suis pas votre serviteur, cessez de vous croire plus important que le reste, car votre arrogance vous jouera des tours à moins qu'elle ne l'ait déjà fait ! Pendant que vous vous pavanez devant votre luxe inutile, la nature m'apporte la connaissance et le savoir d'un monde encore étrange pour certains !

 

VOLTAIRE : La folie vous guette, j’espère que ces balades solitaires ne feront pas de vous un déréglé !

 

(Voltaire montre la sortie à Rousseau.)

 

ROUSSEAU : Oh ne vous inquiétez pas pour moi, il n'y aucun risque que je ne me fasse corrompre ou aliéner par des plaisirs malsains !

 

VOLTAIRE : Il est temps de partir !

 

ROUSSEAU: Je pars, je pars..

 

VOLTAIRE : J’espère vous revoir d'ici peu !

 

ROUSSEAU : Mais il en va de même pour moi, bon vent !

 

VOLTAIRE: Au revoir, cher ami !

 

(Voltaire se retrouve seul.)

 

VOLTAIRE : Que je le hais !

 

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