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Publié par Thomas

Voltaire / Rousseau 12 - Rustique

 

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

(...)

 

ROUSSEAU : (observant Voltaire d’un œil noir) Hmmm, il est vrai qu'il peut m’arriver d’avoir une vision noire de l’être humain, mais l’homme fut autrefois heureux. Le bonheur d’un homme naît de son indépendance et de sa solitude. Puis l’homme s’est cultivé, et ce fut le commencement de la décadence !

 

VOLTAIRE : En aucun cas la culture et l’érudition ne sont causes de dégradation. Ces valeurs forgent le bonheur d’un homme. La société n’a fait que progresser au fil des ans. L’art est né. Le luxe et les richesses dans lesquelles nous vivons aujourd’hui sont les bienfaits de l’évolution de l’Homme et de la société !

 

ROUSSEAU : Au contraire, l’Homme est devenu mauvais, il a été gagné par des vices inhumains tels que l’orgueil, la vantardise ou l’hypocrisie., qui devraient être bannis de notre société. Le mensonge et le goût du luxe et des richesses se sont emparés de lui. L’homme qui se trouvait autrefois sain et vigoureux, et qui vivait dans un bonheur indescriptible se retrouve maintenant malheureux dans cette société où le goût des choses belles et simples n’existe même plus !

 

VOLTAIRE : Sottise que de citer l’enfance de l’humanité comme un paradis terrestre, pourquoi regretterions-nous ce temps où régnaient l’ignorance et la bêtise? Tout sert au luxe et aux plaisirs de ce monde ! Pourquoi vous obstinez-vous à vouloir nous rendre bêtes en évoquant cet endroit où le luxe et l’aisance se trouvaient être des valeurs inconnues ?

 

ROUSSEAU : L’homme peut vivre heureux sans avoir la nécessité de tout posséder. La société qui nous entoure fait ressortir les vices qui sont impropres à l’être humain. Nous avons vécu une période idéale, merveilleuse, qui restera pour moi prospère et rayonnante de bonheur. La société d’aujourd’hui ne pense qu’à vivre dans le luxe, comme vous le faites remarquer, mais ne pensez-vous pas que nous pourrions vivre ensemble plus simplement ? Le bonheur est dans l’activité et non dans la richesse !

 

VOLTAIRE : (presque indigné) Mais Monsieur, le paradis terrestre est bien où nous nous trouvons ! Nous avons tout ! Cela m’indigne qu’un homme de votre intelligence puisse se borner à faire l’éloge de cette période qui est décadente ? Seules la pauvreté et la saleté y régnaient. Vous trouvez-vous digne à présent ? Dans un premier cas vous accusez notre société, qui d’après votre jugement est détestable, puis vous  cherchez à nous abrutir pour nous faire revenir à cette époque d’ignorance absolue ?

 

ROUSSEAU : (reculant, comme pris de peur) Pensez vous réellement que l’esclavage soit synonyme de bonheur ? C’est un véritable outrage à l’égalité, et ainsi aux droits des hommes. Que faites-vous de la misère qui s’accroît de jour en jour et  qui sème la détresse et la mort partout où elle passe ? Une poignée de gens regorgent de superfluités, tandis que la multitude affamée manque du nécessaire !  Il suffit d’observer l’évolution des hommes, qui sont passés de liberté et bonheur à souffrance et malheur ! C’est un véritable séisme, que dis-je, un désastre qui emporte petit à petit l’humanité !

(...)

Le bonheur réside dans les choses simples et paisibles, voire rustiques et non pas dans le superflu. C’est d’ailleurs au moment où je me suis isolé que j’ai ressenti l’immensité de la nature, ce qui a nourri les rêveries du promeneur que je suis. La majesté et la délicatesse de la nature, son calme et sa douceur sont des éléments qui sont peut être superficiels mais si importants  dans ma conception du bonheur. Le chant des oiseaux, le clapotis de la rivière sont des plaisirs si délicieux, si purs, et qui sont désormais tellement loin des hommes. J’aurais volontiers borné toute mon existence à édifier mon bonheur à travers la nature, car rien ne s’interpose entre la nature et moi, rien ne peut troubler le charme qu’elle me provoque. Rien ne peut plus au monde me réconforter qu’une promenade solitaire et délicieuse dans la campagne, parmi tous ces éléments que forment la nature.


(...)

Voltaire / Rousseau 12 - Rustique
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