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Publié par Amaëlle

Voltaire / Rousseau 10 - Mère Nature ?

 

 

EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

ROUSSEAU (s’asseyant sur la chaise luxueuse) : Mon cher, j'espère sincèrement que le bouquet que je vous ai offert vous ravit ! Je sais bien que ce n'est pas un bouquet venant d'un fleuriste, mais je suis allé moi même ramasser ces fleurs dans un champ magnifique.

 

(Voltaire s'approche du bouquet qui est posé sur la table , le hume, se recule dans le fauteuil et passe son regard dédaigneux du bouquet à Rousseau .)

 

VOLTAIRE : Nous n'allons pas dire que vous ayez fait un effort surhumain pour trouver un présent qui me rendrait effectivement ravi. Votre cadeau n'est pas très recherché, vous avez juste ramassé quelques fleurs en deux temps trois mouvements dans les nombreux champs qui bordent la route avant d'arriver à ma luxueuse demeure. Avez-vous vu le bouquet qu'il y avait avant que je le remplace par le vôtre ? Bien sûr que non car vous ne faites attention qu'à votre chère Mère Nature, vous ne prenez pas le temps d'observer Mon monde. Ce bouquet venez de Mme Du Châtelet ; elle était allée spécialement le chercher chez le plus grand fleuriste de Paris pour me l'offrir, et vous me le faites remplacer par un médiocre bouquet ramassé dans un champ.

 

(L'expression du visage de Rousseau n'a pas cessé de changer pendant que Voltaire parlait avec mépris.)

 

ROUSSEAU : Voyons, voyons.. Je ne vous comprends pas. Comment pouvez-vous si peu apprécier les choses à leur juste valeur ? Votre esprit n'est constamment tourné que vers les choses les plus futiles. (...) Je ne vois pas en quoi mon bouquet serait médiocre par rapport à celui de votre Mme Du Châtelet. Elle est allée acheter votre bouquet chez un fleuriste. Et alors ? elle s'est faite conduire jusqu'au fleuriste, elle est sortie de la calèche, elle a choisi un bouquet à sa convenance, elle a sorti son argent pour le payer puis elle est partie. Voilà tout. Mais moi, pour composer mon médiocre bouquet comme vous aimez tant le dire, je me suis déplacé seul, certes dans un champ, mais j'ai au moins pris le temps de choisir chacune de ces fleurs en sélectionnant les plus belles pour qu'elles vous fassent plaisir. Au lieu de cela, vous le trouvez d'esthétique médiocre seulement parce que je n'ai pas sorti mon argent pour le prendre.

 

(Voltaire ne fait que sourire et lancer des petits ricanements alors Rousseau s'explique sur la signification de ce bouquet.)

 

VOLTAIRE : Arrêtez donc de faire comme si vous aviez cueilli ce bouquet avec amour, nous savons aussi bien l'un que l'autre que nous n'avons aucun sentiment de compassion - ou quelque autre sentiment que ce soit - l'un envers l'autre. Vous ne voulez juste point dépenser un louis d'or pour ma personne. Vous ne possédez tout simplement rien et c'est bien pour cela que vous n'avez rien à partager. Pour moi, votre bouquet ne vient pas de votre cœur mais de votre mépris envers moi. Vous savez pertinemment que ce que j'aime, c'est le luxe et non l'amour de Dame Nature comme vous.

(...)

Vous ne cesserez donc pas avec votre Mère Nature ! Il n'y a plus besoin d'elle désormais, il n'y a plus besoin d'observer ce qu'il s'y passe. Elle a été tellement observée que la nature n'a pratiquement plus aucun secret pour l'Homme. Tandis que dans la mondanité il y a toujours des choses nouvelles à observer, comme le comportement de l'être humain face à un autre, les réactions qu'ils peuvent avoir face à certaines situations, comment les liens peuvent se tisser entre certains hommes, et bien d'autres choses encore. Cela, vous ne pourrez jamais le comprendre en observant de pauvres papillons ou des écureuils dans votre forêt.

(...)

 

Voltaire / Rousseau 10 - Mère Nature ?
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