Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par Cécile

People - « Silence » n'est pas si silencieuse !

Exclusivité Le Magazine sauvage !

 

« Silence » n'est pas si silencieuse !

 

Interview exclusive de la vieille Australienne qui s'est occupée de Narcisse Pelletier.

 

Nous somme partis à la rencontre de celle qui à recueilli le matelot naufragé, et avec l'aide d'un interprète, nous avons pu en apprendre un peu plus sur cette étonnante histoire.

 

Elle s'appelle Sheou (ce qui veut dire « silence » en français) et elle a dans les 65-70 ans à peu près. Au sein de la tribu, ses activités de guérisseuse lui donnent un certain statut.

 

Dites-nous Sheou : comment avez vous trouvé Narcisse, celui que vous appelez « Amglo » ?

 

Il était étendu sur le sol. Comme quelqu'un qui dort ou comme un mort.

 

Et dans quel état était-il ?

 

Très mal. Sa peau avait de grosses plaques rouges. Il était en sueur. Une grande sueur. Il brûlait.

 

Qu'avez-vous pensé de lui à ce moment-là ?

 

J'ai pensé qu'il devait boire. A tous prix. Sinon il ne verrait pas la fin du jour. Je lui ai donné à boire. Il a bu beaucoup, beaucoup. Il allait mieux. Alors, il s'est levé et il a commencé à me regarder comme si j'étais un bout de bois. Moi, je trouvais ça bizarre. Comme la couleur de sa peau. Je faisais semblant de rien puisqu'il allait mieux.

 

Et au fur et à mesure que vous l'observiez sans forcément le comprendre, comment le voyiez-vous ?

 

Je le trouvais très agité, on aurait dit que la terre lui brûlait toujours sous les pieds. Notre monde, nos habitudes, nos figures aussi, tout cela lui paraissait bizarre. Même la nourriture, au début. Tantôt il allait et venait dans tous les sens et on se demandait ce qu'il cherchait, à s'agiter comme ça. Tantôt il restait immobile, comme s'il avait été à nouveau très malade. Tantôt, il regardait tout ce que nous faisions en pensant qu'on était trop bêtes pour ne pas s'en rendre compte… Tenez, toute une journée, du soleil à la nuit, il a essayé de me suivre pour savoir où j'allais chercher l'eau. Je le semais à chaque fois. Mais il recommençait. Puis il a renoncé. Mais je ne crois pas qu'il ait pensé que j'avais deviné son jeu. Ou alors, au contraire, il ne regardait plus personne. Il restait à regarder le vague, devant lui. Et il avait l'air triste. Très triste.

 

Pensiez-vous qu'il allait réussir à s’intégrer à la tribu, ou pas ?

 

Cela restait un mystère. Il était peut-être différent de nous par la peau et les habitudes mais il n'était pas idiot. Si quelque chose l'intéressait,il apprenait vite. Donc, il pouvait réussir. Mais seulement en changeant sa peau et sa façon d'être.

 

Que voulez-vous dire par « en changeant sa peau » ?

 

Il fallait qu'il oublie la couleur de sa peau. Il fallait qu'il comprenne que la couleur de la peau est importante et pourtant, n'a pas tant d'importance que ça. En faisant ça, facilement, il changerait aussi sa façon de penser, de voir les choses, il nous comprendrait mieux et nous aussi, nous le comprendrions mieux.

 

Et quand il a commencé à faire des progrès, vous êtes-vous sentie heureuse pour lui ?

 

Oui. Quand je l'ai trouvé et quand je lui ai donné à boire, j'ai pensé que, si les Dieux l'avaient envoyé, c'était bien pour une raison. La raison, c'était qu'il devait changer de peau et de pensées. Alors, en le voyant faire des progrès vers nous comme un enfant qui apprend à marcher, j'étais heureuse pour lui. Oui.

 

En parlant de ça, il y a un jour où il s'est amusé à dessiner des formes diverses sur son corps et il est revenu au camp ainsi. Pourquoi toute la tribu s'est-elle mise à rire aux éclats ?

 

Justement. Il avait accepté de changer sa peau. Mais c'était comme un petit, qui ne savait pas comment faire. Ses dessins, pour nous, ne voulaient rien dire. C'était comme des traits dans le sable. Quand ils sont petits, certains de nos enfants font ça. Et ça nous fait rire aussi. Et là, ça nous faisait vraiment rire parce que Amglo, lui, était grand de taille mais que, dans son comportement, par rapport à ce qui l'entourait maintenant, il était comme un petit enfant. Mais en faisant ces dessins, il prouvait qu'il voulait « grandir. » Et grandir avec nous. Qu'on lui montre comment faire. C'était bon signe : pour lui, pour nous.

 

Revenons un peu à la vie de la tribu. L'une des toute premières personnes à s'intéresser fortement à lui était Waiakh. Pourquoi ce petit s’intéressait-t-il autant à Amglo ?

 

Waiakh est un curieux. Il est né comme ça. Il cherche toujours à comprendre ou à voir ou à trouver. Comme une fourmi. C'est son nom, d'ailleurs : Fourmi. Et jamais de sa vie, il n'avait vu quelqu'un comme Amglo. Chez nous, quelques anciens parlaient des Blancs mais tant qu'il n'en avait pas vu un en train de s'agiter, je crois bien que, pour Waiakh, c'était comme des histoires de fantômes. Amglo lui a montré que c'était faux, que les anciens parlaient juste et n'inventaient pas.

 

Il y a une autre personne au contraire qui ne semblait pas apprécier Amglo. Ce dernier le surnommait « Chemineau » parce qu'il bougeait beaucoup plus que tout le reste de la tribu. Je ne pense pas que cela vous parle comme ça, mais voyez-vous à qui nous faisons allusion ?

 

… Non, désolée...

 

Voyons voir alors... Au repas du soir, un jour, il vous a arraché un petit lézard que vous alliez donner à Amglo et il l'a mangé en le provoquant du regard. Amglo n'a pas réagi. Cela vous dit quelque chose ?

 

Ah ! Lui ! Oui, c'est Karkh.

 

Est ce que Karkh a un lien avec vous ?

 

Non. Aucun en particulier.

 

Et que pensez vous de lui ? Sa façon d'agir ou d'être ?

 

Karkh est comme son nom : la Colère. Toujours quelque chose lui déplaît. Même lui, parfois, il se déplaît. Il veut toujours en imposer parce qu'il n'est jamais vraiment sûr de lui. Ce dont vous parlez, c'est quand il s'était mis dans la tête qu' Amglo était un ancêtre revenu pour le châtier. Amglo n'a pas répondu : Karkh a compris qu'il s'était trompé.

 

En gros, pouvez-vous dire qu' Amglo vous a apporté quelque chose, à vous et à la tribu ?

 

Quand deux êtres se rencontrent et discutent en cherchant à se comprendre avec sincérité, l'un comme l'autre, ils s'apportent toujours quelque chose.

 

 

C'est sur ces mots que Sheou nous a quittés : une conclusion pleine de sagesse.

People - « Silence » n'est pas si silencieuse !
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

MLB 06/11/2014 21:30

Quel titre et quelle interview scoop !

Brenda 20/10/2014 11:42

Génial ! L'article est très bien construit, très bien écrit ; Silence sort de son mutisme et ça en vaut la peine ! :)

Marie-Alice 19/10/2014 16:10

Super article Cécile! :)

Justine 19/10/2014 12:53

Super travail Cécile ! Tu écris vraiment bien cet interview, bravo ! :)

Morgane 18/10/2014 20:55

Super travail Cécile, j'aime beaucoup ! Quelle bonne idée de donner la parole à celle dont le nom veut dire Silence !