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Publié par Hannah

Idées - Parler, c'est comme mourir

 

“Parler, c'est comme mourir”

 

François de La Gardèche, éminent membre de l'Institut, s'exprime sur le mystère Narcisse Pelletier.

 

Idées - Parler, c'est comme mourir

Nous avons lu le récit du retour de Narcisse Pelletier dans le monde civilisé et les tentatives de Monsieur Octave de Vallombrun pour lui faire raconter son expérience, et cette phrase que répète Narcisse nous a interrogé : “parler, c'est comme mourir”.

 

Narcisse Pelletier refuse de parler de son passé, qu'il s'agisse de la période précédant son abandon sur l'île ou bien du temps passé avec les “sauvages”. Pour Narcisse, parler est impossible : “Parler, c'est parler de l'indicible” (p.350), il ne “parvient pas à (...) raconter son séjour” (p.123).

 

Il ne réussit pas à s'exprimer car c'est une souffrance trop grande pour lui : “Narcisse était blême et se tordait les mains.” (p.346). Lorsque Octave lui pose la question sur ce qu'il a vécu “avant”, il lui répond : “Avant... avant ce n'était pas Narcisse...” (p.346). Octave veut le forcer à parler, et ce n'est pour Narcisse que désespoir: “Il releva son visage brisé, noyé de larmes (...)” (p.347). Il finit par répondre “d'une voix agonisante” (p.347), c'est-à-dire de la voix de quelqu'un sur le point de mourir. C'en est trop pour lui, et il décide de disparaître plutôt que de parler, il prend la fuite et devient comme mort aux yeux des autres.

 

Pour Narcisse, le silence est aussi une arme, il est plus fort que la parole, comme le constate Octave (p.344) quand il dit : “et que pesaient mes phrases face aux silences de Narcisse ?”

 

En outre, le silence donne naissance aux mots et Octave en fait les frais : pour combler le vide que Narcisse laisse, il parle : “Je le harcelai – j'eus la cruauté de le harceler pendant encore de longues minutes et n'obtint rien de plus, qu'il se taise, qu'il pleure ou qu'il répète cette mystérieuse formule : “parler, c'est comme mourir.” (p.346).

 

De la même manière, sur l'île, le silence est également à l'origine des mots : la vieille femme qui donne à Narcisse les mots de sa nouvelle langue “lui a donné le mot du Silence. Son nom à elle.” (p.381).

 

Au bout du compte, si parler c'est mourir, alors “le silence est la clef de la survie.” (p.351) Mais pourquoi tant de mystères autour de la parole ?

 

Les mots sont le reflet de la culture et de l'identité. Mais de quelle culture ? Celle d'Europe ou d'Australie ? Et quelle identité ? Comme Octave l'explique, si Narcisse répond à ses questions et qu'il parle, il mourra “de ne pas pouvoir penser à la fois ces deux mondes. Mourir de ne pas pouvoir être en même temps blanc et sauvage.” (p.350). Narcisse ne peut pas parler, car cela signifierait qu'il a réussi à mettre des mots sur ce qu'il a vécu, sur ce qu'il a été et sur ce qu'il est, en un mot, sur son dédoublement de personnalité : sauvage et civilisé réunis dans un même esprit, dans un même corps.

 

Alors que faire ? Parler ? Mourir ? Se taire ? Mais comment vivre ? C'est pourquoi Narcisse choisit de s'enfuir, afin de commencer une troisième et nouvelle vie, dans laquelle il sera enfin prêt à “marmonner à voix basse. Avec les autres. Avec tous les autres.” (p.381)

 

François de La Gardèche

 

 

 

 

 

Source 1

Source 2

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MLB 06/11/2014 20:59

J'adore (entre autres) le décalage entre le contenu de l'article et le nom de "l'auteur" ...